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05/12/2012 02:28 EST | Actualisé 04/02/2013 05:12 EST

Registre: les propos de Trudeau sont un cadeau pour un sénateur conservateur

OTTAWA - Le changement de position du député libéral Justin Trudeau sur le registre des armes de chasse est un «beau cadeau de Noël», a déclaré mercredi le sénateur conservateur Jean-Guy Dagenais.

Avec une «grosse boucle rouge», a-t-il ajouté lors d'une déclaration au Sénat.

Le candidat à la direction du Parti libéral a récemment affirmé que le registre des armes de chasse avait été un échec, et cela, même si c'est son parti qui l'a instauré et que M. Trudeau lui-même a voté aux Communes pour le maintenir en vigueur.

Cette «volte-face» a comblé le sénateur Dagenais. Il juge que Justin Trudeau a courageusement modifié sa position sur le registre des armes.

«Cette joie que je partage avec vous est d'autant plus grande que d'autres libéraux, de toute évidence muselés par une ligne de parti, ont décidé d'emboîter le pas à la déclaration de Justin Trudeau affirmant que le registre des armes de chasse est inefficace», a-t-il déclaré à ses collègues sénateurs sur un ton joyeux.

«Il a changé son fusil d'épaule!», a crié un autre sénateur après l'allocution de M. Dagenais.

Le registre a récemment été aboli par le gouvernement conservateur qui en avait fait un cheval de bataille et une promesse électorale. Les conservateurs ont toujours maintenu que le registre était inefficace, criminalisait injustement les chasseurs et constituait un gaspillage de fonds publics.

Le sénateur Dagenais, en tant qu'ancien président de l'association des policiers, s'est senti visé par ceux qui l'attaquaient sur sa conviction qu'il fallait abolir le registre. Il croit que Justin Trudeau, et les autres libéraux qui se sont rangés derrière lui par la suite, lui ont donné raison.

«Tout ce beau monde qui a voté contre C-19 (le projet de loi pour abolir le registre des armes de chasse) le printemps dernier nous donne finalement raison. Et je dirais même: me donne finalement raison», a-t-il lancé.

Il en a profité pour décocher des flèches aux journalistes.

«Cette position, je l'avais énoncée quand j'étais policier. Je l'ai soutenue quand j'ai été candidat conservateur. Et je l'ai défendue en comité et devant cette Chambre. Tout ça malgré le dénigrement que j'ai dû subir. Tout ça malgré une presse, une presse surtout québécoise, que je décrirais comme généralement peu sympathique à notre position, pour ne pas dire peu objective dans ce dossier», a-t-il dit.

Il est vrai que les positions changeantes des libéraux sur le registre ont été critiquées par des politiciens et des observateurs de la scène politique qui les jugent incohérents. Mais d'autres ont plutôt remarqué que les candidats à la direction du Parti libéral se positionnent peut-être ainsi de façon à ravir des électeurs aux conservateurs en leur «empruntant» certaines de leurs positions.

À la veille des commémorations de la tuerie de Polytechnique — le drame à l'origine de la création du registre — M. Dagenais ne croit pas que le moment était mal choisi pour faire sa déclaration.

Se faisant demander en entrevue s'il n'aurait pas pu attendre une semaine avant de faire sa sortie, le sénateur a calmement répliqué: «peut-être que M. Trudeau aurait dû attendre la semaine prochaine».

Il n'y pas de «bon moment» ou de «mauvais moment» pour parler du registre, a ajouté le sénateur, qui dit sympathiser avec les victimes et les proches des 14 femmes assassinées lors de la tuerie de l'école Polytechnique, survenue le 6 décembre 1989 à Montréal.

«Je continuerai de comprendre leurs revendications, mais je vais persister dans ma démarche pour tenter de les convaincre que ce n'est pas un registre des armes à feu adopté dans un esprit électoraliste qui va mettre les citoyens à l'abri d'actes commis par des gens troublés ou malades», a expliqué le sénateur.