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05/12/2012 01:48 EST | Actualisé 04/02/2013 05:12 EST

La crise politique s'aggrave en Égypte: au moins 211 blessés au Caire

LE CAIRE, Égypte - Les partisans et les opposants du président égyptien Mohamed Morsi se sont affrontés avec des pierres, des cocktails Molotov et des bâtons autour du palais présidentiel du Caire mercredi, des affrontements de grande ampleur qui illustrent l'aggravation de la crise entourant les pouvoirs élargis du président et le projet de Constitution.

Au moins 211 personnes ont été blessées dans les violences, a indiqué le ministère de la Santé.

Quatre des 17 conseillers du président Morsi ont démissionné mercredi pour protester contre sa gestion de la crise. Ces nouvelles démissions portent à six le nombre de conseillers présidentiels qui ont quitté leurs fonctions depuis le 22 novembre.

L'un des chefs de file de l'opposition réformiste, Mohamed ElBaradei, a estimé que le style de gouvernance de Mohamed Morsi n'était «pas différent» de celui de l'ancien président Hosni Moubarak, dont le régime autoritaire a été renversé il y a près de deux ans.

«En fait, c'est peut-être encore pire», a déclaré M. ElBaradei, lauréat du prix Nobel de la paix, lors d'une conférence de presse. Il a accusé les partisans du président d'avoir mené des attaques «vicieuses et délibérées» contre des manifestants pacifiques.

Les manifestants et l'opposition demandent l'abrogation des décrets présidentiels qui accordent à Mohamed Morsi des pouvoirs presque sans limites, ainsi que l'abandon du projet de Constitution adopté à la hâte la semaine dernière par les alliés islamistes du président.

La crise oppose deux camps: le président Morsi, les Frères musulmans et leurs alliés salafistes, d'une part, et les groupes de jeunes, les militants progressistes et une grande partie de la population, d'autre part. Les deux camps s'accrochent à leurs positions, ce qui fait craindre une impasse prolongée.

Les plus récents affrontements sont survenus quand des milliers de partisans islamistes du président Morsi sont arrivés dans le quartier du palais présidentiel, où environ 300 opposants tenaient une manifestation assise. Les islamistes, membres des Frères musulmans dont est issu Mohamed Morsi, ont chassé les manifestants des environs du palais et ont démoli leurs tentes.

Les manifestants se sont ensuite éparpillés dans les rues environnantes, où ils ont scandé des slogans contre le président.

Après une brève accalmie, des centaines de jeunes opposants de M. Morsi sont arrivés près du palais et ont commencé à lancer des cocktails Molotov sur les partisans du président, qui ont répliqué en lançant des pierres.

«J'ai voté pour Morsi afin de nous débarrasser d'Hosni Moubarak mais aujourd'hui, je le regrette», a crié une manifestante, Nadia el-Shafie, à l'intention des partisans des Frères musulmans rassemblés de l'autre côté de la rue. «Dieu est plus grand que vous. Ne pensez pas que ce pouvoir ou cette autorité vous donnera quelque chose de plus. Dieu a fait cette révolution, pas vous», a-t-elle poursuivi en larmes, avant d'être entraînée à l'écart de la foule par d'autres manifestants.

À la tombée de la nuit, il y avait environ 10 000 partisans islamistes autour du palais présidentiel. Ils ont érigé des barricades de métal pour empêcher la circulation sur une partie d'une route qui longe le quartier chic d'Héliopolis, où se trouve le palais. Certains islamistes semblaient organiser leur propre «sit-in».

«Que Dieu protège l'Égypte et son président», affirmait une bannière affichée sur un camion qui accompagnait les islamistes. Sur le toit du camion, un homme récitait des versets du Coran dans un haut-parleur.

«Nous sommes venus soutenir le président. Nous avons l'impression que certains tentent de lui voler sa légitimité», a déclaré un ingénieur, Rabi Mohammed, partisan des Frères musulmans. «Les gens rejettent les principes démocratiques en ayant recours à la violence.»

Mardi, au moins 100 000 partisans de l'opposition s'étaient réunis autour du palais présidentiel. D'autres manifestations avaient été organisées ailleurs au Caire et dans de nombreuses villes d'Égypte.

Les manifestants fustigent notamment le projet de nouvelle Constitution adopté la semaine dernière par les islamistes, majoritaires à l'Assemblée constituante égyptienne, sans la participation des membres progressistes et chrétiens de l'assemblée.

Le texte renforce notamment les dispositions faisant de la loi islamique le fondement de la législation. Il donne aux érudits religieux le rôle de veiller à la conformité des textes législatifs avec la charia et déclare l'engagement de l'État à faire respecter la morale et la «famille traditionnelle», ce qui suscite des craintes chez les défenseurs des droits la personne.

Un référendum populaire sur le projet de Constitution doit avoir lieu le 15 décembre. L'opposition élabore sa stratégie et doit décider si elle fera la promotion du «Non» ou si elle appellera au boycottage du vote.