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05/12/2012 01:26 EST | Actualisé 04/02/2013 05:12 EST

Dave Brubeck, icône d'un jazz consensuel et populaire

Son célèbre hymne "Take Five" a fait le tour du globe: décédé mercredi aux Etats-Unis à la veille de son 92e anniversaire, le pianiste américain Dave Brubeck était devenu l'icone d'un jazz consensuel qui a suscité la ferveur du public et le scepticisme de certains puristes.

Ce grand admirateur de Duke Ellington avait accédé au rang de légende dans son pays d'origine, où il s'est produit en concert devant chacun des présidents depuis John Kennedy et où il avait eu les honneurs de la Une du magazine Time dans les années 50.

Né le 6 décembre 1920 à Concord, en Californie, le jeune Brubeck passe son enfance dans un ranch entouré de mélomanes. Sa mère enseigne le piano et ses deux frères ainés deviendront comme lui des musiciens professionnels.

A 18 ans, Dave Brubeck s'oriente d'abord vers une carrière de vétérinaire. Mais, finançant ses études en jouant dans des clubs autour de son campus, il finira par bifurquer vers le département musique de son université.

Après la Seconde Guerre mondiale, il approndit son savoir-faire auprès du compositeur classique français Darius Milhaud avant de lancer sa carrière en 1947 à San Francisco au côté de celui qui deviendra son plus proche complice: le saxophoniste Paul Desmond, dont le son chaud sera la marque de fabrique de leur quartette.

Avec Joe Morello (batterie) et Eugene Wright (contrebasse), ils connaissent la consécration en 1959 avec "Time Out", premier album de jazz à s'écouler à plus d'un million d'exemplaires. Bâti sur des rythmiques inhabituelles, l'opus recèle deux morceaux d'anthologie: "Take Five" composé par Desmond et "Blue Rondo a la Turk", signé par Brubeck lui-même.

Le succès est planétaire et ne se démentira pas avec les années. Aujourd'hui encore, environ 60.000 exemplaires de "Time out" s'écoulent tous les ans.

Certains puristes, notamment en France, reprocheront toutefois à Dave Brubeck, musicien blanc au physique de jeune premier, d'aseptiser le jazz en l'éloignant de ses racines afro-américaines et en lui ôtant toute dimension protestataire.

En 1958, Brubeck forme un nouveau quartette avec le saxophoniste Gerry Mulligan et se produit à partir de 1972 avec deux de ses fils ("Two Generations of Brubeck") avant de retrouver Mulligan en 1975.

Depuis une vingtaine d'années, Dave Brubeck n'avait cessé de tourner dans tous les grands festivals de jazz internationaux, ne s'éloignant jamais trop du style qui avait fait son succès dans les années 50 : utilisation du contrepoint, polyphonie, expérimentation sur les rythmes.

Fidèle à sa formation classique, Dave Brubeck a par ailleurs composé deux ballets, une comédie musicale, trois oratorios, quatre cantates, une messe, plusieurs morceaux pour formation de jazz et orchestre symphonique, ainsi que de nombreuses oeuvres pour piano.

Il avait également écrit un choral pour le pape Jean Paul II pour un rassemblement à San Francisco et s'était produit à Moscou devant le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev dans les dernières années de la Guerre Froide.

Malgré le succès international, Dave Brubeck avait su rester humble. Interrogé par une chaîne de télévision américaine sur sa rencontre avec son idole Duke Ellington, il avait lâché: "Il était tellement plus important que moi. Il méritait d'être le premier".

Marié depuis 1942, Dave Brubeck était père de six enfants.

bur-jt/mdm