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04/12/2012 01:48 EST | Actualisé 03/02/2013 05:12 EST

Sécuriser les armes chimiques en Syrie, une opération sans garantie

Une intervention militaire pour sécuriser les armes chimiques syriennes impliquerait des frappes aériennes et l'envoi de forces spéciales mais constituerait une opération risquée et sans garantie en raison de la dissémination possible des armes, estiment des experts.

Face à une opposition qui grignote peu à peu le terrain, la communauté internationale craint que le régime de Bachar al-Assad ne finisse par commettre l'irréparable. Ou encore que des obus ou roquettes chargées de sarin ou de gaz moutarde tombent entre les mains de groupes extrémistes.

Barack Obama a fermement pris à témoin le président syrien: "si vous commettez l'erreur tragique d'utiliser ces armes, il y aura des conséquences et vous en répondrez".

Mais pour les experts, il n'y a pas de réponse militaire simple. Le bombardement aérien des sites de production et de stockage connus risquerait de "relâcher des agents chimiques dans l'atmosphère" et de ne pas détruire toutes les munitions, note Michael Eisenstadt, du Washington Institute for Near East Policy.

L'accès à certains sites pourrait tout de même être interdit grâce au bombardement de l'entrée de bunkers et au minage des alentours grâce à des bombes à sous-munitions, juge-t-il.

"Il est difficile d'envisager un scénario viable sans envoyer des hommes au sol", assure pour sa part à l'AFP David Hartwell, analyste pour la société de conseil IHS Jane's.

Cette option impliquerait de toute façon une couverture aérienne pour éliminer les défenses anti-aériennes syriennes afin de pouvoir convoyer les soldats et permettre les vols de reconnaissance, s'accordent les experts.

La presse américaine a avancé en février le chiffre de 75.000 hommes nécessaires pour chercher et sécuriser les armes chimiques et assurer leur protection.

Un scénario inenvisageable pour les experts, qui doutent que l'administration Obama s'engage dans une large opération terrestre au Moyen-Orient après le précédent irakien.

"Une des options les plus réalistes est que les Etats-Unis fournissent entraînement et assistance à l'armée de pays de la région" qui interviendraient, explique David Hartwell, citant la Turquie ou la Jordanie.

Une "task force" d'environ 150 forces spéciales américaines se trouve de fait depuis plusieurs mois en Jordanie pour entraîner les militaires jordaniens et être prête à agir le cas échéant.

Pour Jeffrey White, analyste au Washington Institute après une carrière dans les renseignements militaires (DIA), il est vraisemblable que l'action de forces spéciales consiste en des raids ponctuels, sans demeurer sur le sol syrien.

Là aussi, tout repose sur des renseignements fiables et exhaustifs. En 1991, les Américains avaient traqué avec grande difficulté les lanceurs de missiles Scud dans l'Ouest de l'Irak, rappelle-t-il à l'AFP.

Selon le porte-parole du Pentagone, George Little, "le gouvernement américain a une vision précise du programme d'armes chimiques et nous continuons de le surveiller".

Mais pour Jeffrey White, surveiller les agents chimiques dans les dépôts est une chose, leur militarisation dans des roquettes ou des obus en sont une autre. "Ces armes chimiques ne sont pas grosses, elles peuvent être placées à l'arrière de n'importe quel camion", explique-t-il.

Selon lui, plutôt que de s'attaquer à ces cibles multiples, "il faut plus simplement s'en prendre à des cibles stratégiques qui comptent comme les réseaux de communication et de commandement de l'armée syrienne", afin d'empêcher l'armée non seulement d'utiliser ses armes chimiques mais aussi de combattre l'opposition. Il faut surtout le faire savoir précisément au régime syrien pour le dissuader.

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