NOUVELLES
04/12/2012 11:29 EST | Actualisé 03/02/2013 05:12 EST

New York: la photo d'un homme sur le point d'être happé par le métro indigne

NEW YORK, États-Unis - La police new-yorkaise questionnait mardi un suspect en lien avec la mort d'un usager du métro qui s'était fait pousser sur les rails, et dont la photo prise juste avant l'instant fatal a été vivement critiquée après avoir fait la une du New York Post.

Une journée après que Ki-Suck Han fut mortellement happé par le métro, des questions émotives ont été soulevées à propos de sa photo, celle d'un homme impuissant, debout sur les rails face à un train qui approchait à la station Times Square.

M. Han, 58 ans et résidant à Queens, est mort peu après avoir été frappé par le train. Selon la police, l'homme a essayé de se hisser sur le quai mais il est resté coincé entre le train et le bord de la plate-forme.

Le New York Post a publié en une mardi la photo de M. Han, regardant désespérément le train qui arrivait alors qu'il était incapable de se hisser sur le quai.

Le cliché a été pris par R. Umar Abbasi, un photographe pigiste qui travaillait pour le Post et qui attendait son train au moment du drame.

Dans un fichier audio mis en ligne sur le site du Post, A. Abbasi explique qu'il faisait aller son flash pour avertir le conducteur du train que quelqu'un se trouvait sur les rails. Il a soutenu qu'il n'était pas assez fort pour soulever M. Han.

«Je voulais l'aider, mais je ne savais pas quoi faire. Tout s'est déroulé tellement vite», a-t-il dit.

Plusieurs ont questionné la photo publiée de même que la manchette du journal, qui disait «cet homme est sur le point de mourir.»

Selon Kenny Irby, un expert de l'éthique du journalisme visuel à l'Institut Poynter, plusieurs photojournalistes faisant face à de telles situations font face à une question morale : doivent-ils documenter ou aider?

D'autres médias ont commenté la photo, questionnant pourquoi elle avait été prise et publiée.

«Désolé, quelqu'un est sur les rails. Cela ne va pas aider», a lancé Al Roker à l'émission Today du réseau NBC.

Soledad O'Brien du réseau CNN s'est exprimée sur Twitter, décrivant la photo «d'incroyablement troublante». «Imaginez si c'était votre frère ou votre père», a-t-elle écrit.

Larry King a quant à lui demandé à ceux qui le suivent sur le site: «est-ce que @nypost est allé trop loin?»

M. Irby a indiqué que le blâme devait selon lui plutôt être porté par les hauts responsables du Post, qui ont décidé de publier la photo.

Le Post a refusé de partager le cliché lorsque contacté par l'Associated Press.

Un autre professionnel qui n'a pas voulu sauter trop vite aux conclusions est John Long, qui est à la tête du comité de l'éthique de l'Association américaine de photographes de presse.

«Je ne peux pas juger (le photographe). Je ne sais pas à quelle distance il était, je ne sais pas s'il aurait pu faire quelque chose», a-t-il dit.

Les deux experts soutiennent toutefois que les photographes ont une obligation morale d'aider plutôt que de prendre une photo, dans de telles situations.

Le porte-parole du département de police de New-York, Paul Browne, a dit que les enquêteurs avaient récupéré des images de caméras de sécurité d'un homme qui ressemblait à l'assaillant.

Il était toujours détenu mardi mais n'avait pas été accusé.

Des témoins ont dit que le suspect se parlait à voix haute avant d'apostropher M. Han et de le pousser sur les rails.

De tels incidents sont craints mais plutôt rares. En janvier 1999, Kendra Webdale a connu le même sort et une personne qui avait auparavant été hospitalisée pour une maladie mentale avait reconnu l'avoir poussée.

Après cet incident, l'État de New York a mis en place la Loi de Kendra, qui laisse les autorités superviser les malades mentaux qui ne sont plus institutionnalisés pour s'assurer qu'ils prennent leurs médicaments et ne sont pas une menace à la sécurité.

Le maire de New York Michael Bloomberg a indiqué que l'attaquant avait vraisemblablement un problème psychiatrique. Il a dit que M. Han avait possiblement essayé de mettre fin à une bagarre et avait payé de sa vie.

PLUS:pc