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04/12/2012 11:14 EST | Actualisé 03/02/2013 05:12 EST

Les péquistes sont sur la défensive à cause de la nomination de Boisclair

QUÉBEC - Le gouvernement de la première ministre Pauline Marois a été placé sur la défensive, mardi, en raison de la controverse suscitée par une double nomination sans précédent accordée à l'ancien chef péquiste André Boisclair.

Le mois dernier, le gouvernement a nommé M. Boisclair au poste de délégué général du Québec à New York, en omettant toutefois d'annoncer qu'il accéderait du même coup à la sécurité d'emploi de la haute fonction publique, grâce à une charge de sous-ministre adjoint.

En point de presse, le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, a expliqué que M. Boisclair avait réussi à imposer cette condition en raison de l'impact que sa nomination aurait sur ses activités de consultant.

«Si on lui demandait de se retirer de son travail pendant deux, cinq ou huit ans, il est évident qu'après il recommencerait à zéro, a-t-il dit. Alors il nous a demandé s'il était possible d'avoir une sécurité. Nous avons pensé que dans ce cas, compte tenu de la qualité de la candidature, cela valait la peine.»

Un décret du conseil des ministres daté du 7 novembre, et publié le 28 novembre, indique que M. Boisclair bénéficiera d'un traitement de 171 737 $ pour ses fonctions de délégué, un salaire qu'il pourra conserver dans ses fonctions de sous-ministre adjoint.

Après avoir annoncé un mini-remaniement de son cabinet, Mme Marois a plaidé que M. Boisclair avait toutes les compétences pour obtenir ces avantages.

«Il a failli être premier ministre du Québec, il aurait pu être premier ministre du Québec, a-t-elle dit. Il a recueilli plus d'un million d'appuis lors de l'élection de 2007 et de plus il a complété des études supérieures aux États-Unis. C'est un homme qui a beaucoup d'entregent et beaucoup de talent.»

Mme Marois s'est défendue d'accorder ainsi un traitement préférentiel à cet allié, en faisant valoir que les libéraux ont offert des permanences à des membres de cabinets politiques.

Son bureau a d'ailleurs diffusé par la suite une liste d'une trentaine de nominations jugées partisanes par le gouvernement péquiste.

La nomination de M. Boisclair au poste de délégué général avait été annoncée le 7 novembre dans un communiqué diffusé par le bureau de Mme Marois.

M. Lisée a reconnu qu'il aurait été préférable que l'information complète soit publicisée dès le 7 novembre.

«Je ne pense pas qu'il y ait aucune volonté de camouflage puisque de toute façon ça allait sortir, a-t-il dit. Je pense qu'en communicateur, ça aurait été de la meilleure communication de le faire le même jour.»

La députée de Québec solidaire Françoise David a déclaré que la double nomination de M. Boisclair était indécente dans le contexte économique actuel et elle l'a invité à renoncer à sa permanence dans la fonction publique.

«Je pense que quelqu'un qui a été un bon délégué général du Québec dans une ville importante du monde n'aura aucun problème à se trouver un emploi bien rémunéré par la suite, dans les milieux les plus intéressants et avec des avantages sociaux, a-t-elle dit. Alors, à mon avis, il n'y a pas de circonstances atténuantes.»

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a déploré le manque de transparence du gouvernement avec cette double nomination passée sous silence.

«Il n'y a rien nulle part qui nous justifie que M. Boisclair souhaite agir comme sous-ministre pour le reste de sa carrière», a-t-il dit.

Le chef libéral intérimaire, Jean-Marc Fournier, n'a pas remis en question les compétences de M. Boisclair, tant à New York que dans la fonction publique éventuellement, se limitant à critiquer la façon de procéder.

«Le régime de la cachette a l'air d'être pas mal présent au gouvernement, c'est le moins qu'on puisse dire», a-t-il dit.

M. Lisée a reconnu que l'accession de l'ancien chef péquiste à la haute fonction publique, en même temps que son affectation comme délégué général du Québec à New York, était une décision exceptionnelle.

«La pratique de faire en sorte qu'un délégué général dans une position stratégique soit sous-ministre adjoint, c'est un précédent qu'on crée au Québec, ce n'est pas un précédent en diplomatie, a-t-il dit. C'est assez courant à Ottawa.»

M. Lisée a donné l'exemple de Lawrence Cannon, ambassadeur du Canada à Paris, en affirmant qu'il a en même temps accédé à la haute fonction publique.

Mais le cabinet du premier ministre Stephen Harper a contredit cette information. L'attaché de presse Carl Vallée a précisé que M. Cannon ne cumule aucun poste de fonctionnaire avec ses fonctions d'ambassadeur.

En Chambre, les libéraux sont demeurés muets sur le sujet, mais M. Lisée a dû se défendre devant les attaques de la CAQ.

«Dans le cas de M. Boisclair, il a un emploi, il a un salaire, il n'a pas de parachute doré, a-t-il dit. Il aura la retraite qu'il accumulera, et nous avons pensé que c'était un excellent investissement, compte tenu de la qualité de la personne.»