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03/12/2012 01:52 EST | Actualisé 02/02/2013 05:12 EST

Le FMI écorne son dogme sur la libre circulation des capitaux

Après en avoir été l'ardent promoteur, le FMI a admis lundi que la libre circulation des capitaux présentait des "risques" pour les pays émergents et jugé que des mesures de contrôle pouvaient s'avérer "utiles" pour enrayer une surchauffe de leur économie et de leur monnaie.

"Il n'est pas acquis qu'une libéralisation totale (des flux de capitaux, ndlr) soit un objectif approprié pour tous les pays et à toutes les périodes", écrit le Fonds dans un rapport, fruit de deux années de concertation sur un sujet de discorde récurrent entre ses 188 Etats-membres.

Depuis le début de la crise, certaines puissances émergentes assurent être déstabilisées par un afflux de capitaux alimenté par les plans de relance massifs déployés en Occident (taux d'intérêts nuls, rachats d'obligations d'Etat...).

Principaux accusés, les Etats-Unis ont, depuis 2008, injecté plus de 2.300 milliards de dollars pour soutenir leur économie. Mais une partie de ces fonds est accusée de déferler dans des pays plus dynamiques, au risque de doper artificiellement leur monnaie ou de faire naître des bulles spéculatives.

"La libéralisation des flux de capitaux comporte des risques, qui sont amplifiés quand les pays (destinataires, ndlr) n'ont pas encore atteint un degré suffisant de développement de leur système financier", écrit le Fonds monétaire international, précisant que certains pays "ouverts" aux capitaux, notamment en Europe, avaient eux aussi été déstabilisés.

Depuis le maelström de la crise, le FMI avait déjà écorné le dogme d'une libéralisation à tout crins. Mais il ne l'avait jamais fait dans un rapport représentant l'avis de l'institution.

"Ce n'est pas tant en terme de pour ou contre. C'est destiné à être une position pragmatique prenant en compte les bénéfices et les coûts" de la libéralisation, a commenté Vivek Arora, un des directeurs adjoints du département recherche au FMI, lors d'une conférence téléphonique.

Dans son rapport, le Fonds souligne ainsi que la libre circulation des capitaux "a souvent" été suivie de tempêtes financières (Mexique en 1994-95, Turquie en 1994...) et note que les économies "moins ouvertes" ont mieux résisté aux crises récentes.

Dans ce contexte, l'institution ne voit désormais plus d'un si mauvais oeil les mesures que certains pays (Brésil, Corée du Sud...) ont prises pour restreindre les mouvements de capitaux et atténuer leurs effets néfastes.

"Quand un pays fait face un brusque afflux ou une fuite de capitaux, l'introduction de mesures de contrôle peut être appropriée en fonction des circonstances", indique le FMI.

Cette question ravive des souvenirs douloureux au Fonds. Pendant la crise asiatique (1997-1998), l'institution avait déconseillé tout contrôle de capitaux à des pays (Thaïlande, Indonésie...) qui s'étaient enfoncés dans la récession alors que la Malaisie, qui avait délibérément pris le parti inverse, s'était rétablie plus vite.

Plus récemment, l'Islande s'est relevée de la violente crise de 2008 en restreignant arbitrairement la fuite de capitaux hors de son économie.

L'infléchissement du FMI a laissé certains pays sur leur faim.

"L'ampleur des dégâts causés par des flux massifs et volatils (...) n'a pas été suffisamment reconnue", a affirmé à l'AFP Paulo Nogueira Batista, représentant du Brésil et de dix petits pays au conseil d'administration du FMI.

"Le Fonds a à peine étudié les conséquences de la politique monétaire des pays avancés" et a eu tendance à "minorer" leur responsabilité dans ces mouvements de capitaux déstabilisateurs, a ajouté M. Batista.

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