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03/12/2012 03:04 EST | Actualisé 02/02/2013 05:12 EST

Égypte: l'opposition appelle à une grève générale contre le président Morsi

LE CAIRE, Égypte - Le mouvement de contestation contre le président égyptien Mohamed Morsi prend de l'ampleur. Après l'adoption du projet de Constitution qui sera soumis à un référendum le 15 décembre, l'opposition a convoqué une nouvelle manifestation mardi, tandis que les médias et l'industrie du tourisme envisagent de se joindre à leur manière à la fronde contre le président et ses alliés des Frères musulmans.

Une coalition d'opposition menée par les progressistes et la gauche, à la tête du soulèvement qui a mis fin au règne autoritaire d'Hosni Moubarak en février 2011, a appelé à une grève générale mardi et à une manifestation massive contre les amendements constitutionnels adoptées par Mohamed Morsi, qui le placent au-dessus de la loi et du pouvoir judiciaire. Les manifestants comptent se diriger vers le palais présidentiel du Caire.

Les juges égyptiens sont déjà en grève. Les principaux journaux du pays et les chaînes de télévision privées ont annoncé leur intention de faire la grève mardi en guise de protestation contre les décisions du président.

Les hôtels et les restaurants envisagent pour leur part d'éteindre les lumières mardi pendant une demi-heure pour protester contre le président Morsi, a indiqué la Coalition de soutien au tourisme (STC), un organisme indépendant qui représente les employés du secteur.

La semaine dernière, les islamistes qui dominent l'Assemblée constituante ont approuvé à la hâte un projet de Constitution comprenant 236 articles. L'Assemblée a siégé sans ses membres laïques, progressistes et coptes, opposés à la tournure islamiste que prenaient les travaux de l'assemblée. Samedi, le président Morsi a annoncé que les Égyptiens seraient appelés à se prononcer sur ce projet de Constitution le 15 décembre.

Le texte renforce les dispositions faisant de la la loi islamique le fondement de la législation. Il donne aux dirigeants religieux musulmans l'autorité de veiller à la conformité des textes législatifs et proclame l'engagement de l'État à faire respecter la morale et la «famille traditionnelle», une formulation qui suscite la crainte des défenseurs des droits de la personne, qui craignent qu'elle ne soit utilisée pour restreindre les libertés civiles.

Les décisions de Mohamed Morsi accroissent le fossé entre les islamistes et l'opposition, menée par les associations de jeunes et les partis libéraux et progressistes.

Dimanche, le puissant syndicat des juges a annoncé que ces derniers ne superviseraient pas le référendum. Mais le Conseil supérieur de la magistrature, l'instance judiciaire la plus élevée du pays, a accepté lundi de superviser le vote.

Le conseiller juridique du président égyptien, Mohammed Gaballah, a déclaré que la commission électorale avait commencé à se réunir dimanche pour préparer la tenue de la consultation populaire. Mais le juge Yousseri Abdel-Karim, ancien porte-parole de la commission électorale, a estimé que la mission de la commission était administrative et que la tenue de la réunion ne signifiait pas que les juges superviseraient le référendum. «Les juges ne battent pas en retraite. Nous ne craignons rien et nous ne changerons pas de position», a-t-il déclaré.

Des personnalités de l'opposition craignent le référendum, puisque dans le passé, de nombreux électeurs illettrés se sont facilement laissés impressionner par les islamistes, qui jouent sur le sentiment religieux. Les Égyptiens de l'étranger sont censés commencer à voter à partir de samedi.

L'Égypte traverse sa plus grave crise politique depuis la fin du régime Moubarak. À deux reprises la semaine dernière, l'opposition a rassemblé quelque 200 000 manifestants sur la place Tahrir, au Caire, tandis que les islamistes en ont réuni plusieurs centaines de milliers samedi à Gizeh.