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30/11/2012 01:27 EST | Actualisé 30/01/2013 05:12 EST

Tunisie: les heurts s'intensifient entre policiers et manifestants à Siliana

Des affrontements opposaient policiers tunisiens et manifestants vendredi pour le quatrième jour consécutif à Siliana, dont les habitants réclament notamment des aides du gouvernement qui peine à stabiliser le pays deux ans après sa révolution.

En début de soirée, la police, renforcée par des blindés de la Garde nationale, procédait à des tirs de sommation et de gaz lacrymogènes.

Des centaines de jeunes, qui avaient ouvert les hostilités en lançant des pierres sur un important poste de police, jetaient des cocktails Molotov et bâtissaient dans le centre-ville des barricades dont certaines étaient en feu.

"Si on nous y autorise, je n'hésiterai pas à tirer avec des balles réelles", a déclaré à l'AFP un policier, sous couvert de l'anonymat.

Aucun bilan n'a été fourni par les autorités. L'hôpital n'a pour sa part fait état que de quelques blessés légers.

Les représentants de la principale centrale syndicale, l'UGTT, ont appelé sans succès les manifestants à se disperser en début d'après-midi. Les appels au calme du gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda ont aussi été ignorés.

Pourtant, une vaste manifestation avait rassemblé dans le calme dans la matinée des milliers de personnes pour une marche "symbolique" de cinq kilomètres en direction de Tunis.

Ils réclamaient une fois de plus le départ du gouverneur régional, la fin de la violence policière, et la mise en place d'un programme d'aides à cette région économiquement sinistrée, située au sud-ouest de Tunis, où les violences ont fait plus de 300 blessés cette semaine.

La lutte contre la pauvreté et la fin de l'arbitraire policier étaient déjà les revendications phares de la révolution tunisienne. Elles reviennent en force depuis plusieurs mois dans l'intérieur du pays dont les provinces sont marginalisées depuis des décennies.

Le gouvernement n'avait pas réagi vendredi aux nouveaux heurts, alors que président Moncef Marzouki doit s'exprimer vers 19H00 GMT à la télévision.

A l'étranger, les diplomates ont exprimé de premières inquiétudes. Le ministère français des Affaires étrangères, a fait part de sa "préoccupation" face au "nombre élevé de blessés".

Et le Haut commissariat de l'ONU pour les droits de l'Homme a diffusé un communiqué exprimant son "inquiétude face aux violents troubles" et a condamné "le recours excessif et disproportionné à la force" par les policiers, en référence aux tirs de chevrotine qui ont fait des dizaines de blessés mercredi.

Les troubles paralysent aussi l'économie régionale, l'ensemble des commerces et entreprises étant fermés depuis maintenant trois jours.

"Si la situation continue comme ça, je vais devoir fermer mon usine. Ca fait trois jours que les ouvriers ne sont pas venus", a indiqué à l'AFP Antonio Botorel, un Italien qui dirige une usine textile à Siliana.

Depuis des mois, des manifestations sociales dégénèrent en affrontements et les attaques menées par des groupuscules salafistes se sont multipliées. Parallèlement, le pays est plongé dans une impasse politique, sans aucun compromis en vue sur la future Constitution.

Le Premier ministre Hamadi Jebali a souligné jeudi que le développement économique ne pouvait avoir lieu "dans le chaos".

Si l'UGTT et le gouvernement se disent ouverts au dialogue, ils campent sur leur position, les uns réclamant le limogeage du gouverneur, les autres refusant de céder à des manifestants violents.

Ces nouvelles confrontations interviennent à l'approche du deuxième anniversaire, le 17 décembre, du début de la révolution tunisienne, déclenchée par l'immolation d'un vendeur ambulant de Sidi Bouzid excédé par la misère et le harcèlement des policiers.

kl-alf/cco