NOUVELLES
30/11/2012 08:02 EST | Actualisé 30/01/2013 05:12 EST

Tunisie: des milliers de manifestants défilent dans le calme à Siliana

Des milliers de Tunisiens ont défilé vendredi dans le calme à Siliana, après trois jours de violences entre manifestants et policiers, pour obtenir le départ du gouverneur et des aides des autorités qui peinent à stabiliser le pays deux ans après sa révolution.

Les manifestants ont effectué une "marche symbolique" de cinq kilomètres en direction de Tunis. "Avec nos âmes et notre sang, on se sacrifie pour Siliana", scandaient-ils près de cette ville située à 120 km au sud-ouest de la capitale.

Aucun incident n'a été signalé en première partie de journée, mais un haut-gradé de la police, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, a déclaré à l'AFP s'attendre à de nouveaux débordements. "Il se prépare quelque chose", a-t-il dit sans plus de précisions.

Les organisateurs de la manifestation ont insisté sur le caractère "pacifique" du rassemblement.

Ils ont assuré vouloir poursuivre la mobilisation jusqu'au départ du gouverneur, la fin de la répression policière et l'adoption d'un programme de développement économique, des revendications proches de celles de la révolution de 2011.

"Nous allons (...) montrer la détermination des habitants à ne plus être marginalisés" économiquement, a déclaré le secrétaire général régional de l'UGTT, Nejib Sebti.

"Nous sommes prêts au dialogue mais sans la présence du gouverneur" Ahmed Ezzine Mahjoubi, a ajouté M. Sebti, alors que le Premier ministre Hamadi Jebali a exclu de le limoger sous la pression de la rue.

La présidence tunisienne a annoncé que le chef de l'Etat, Moncef Marzouki prononcerait vers 19H00 GMT une allocution télévisée sur la situation à Siliana, où les affrontements ont fait au moins 300 blessés depuis mardi.

Si des échauffourées ont encore eu lieu jeudi et dans la nuit, elles étaient néanmoins beaucoup moins graves que la veille, la police ayant en particulier, face aux critiques, à faire usage de cartouches de chevrotine.

Les manifestants et policiers continuaient néanmoins de s'accuser mutuellement d'être responsables des violences.

"Voici ce que la police d'Ennahda (le parti islamiste au pouvoir, ndlr) m'a fait", s'est emporté un homme montrant de larges hématomes sur ses hanches et ses jambes.

"Les agents ont été sans arrêt les victimes de provocations pendant trois jours (...). Leur réaction est normale avec la fatigue et la pression", a de son côté déclaré le haut gradé de la police.

Les rues de Siliana étaient jonchées de pierres et des vestiges calcinés des barricades de pneus installées par les manifestants.

M. Jebali, qui est issu d'Ennahda, a promis jeudi une enquête sur les violences, tout en soulignant qu'il ne cèderait pas à la pression de la rue.

Le ministre de l'Intérieur, Ali Larayedh, a défendu vendredi les actions de ses hommes devant l'Assemblée nationale constituante (ANC), alors que des députés d'oppositions appelaient à sa démission.

"Nous allons continuer notre action en respectant la loi et protéger les citoyens et les mouvements (de contestation) pacifiques", a-t-il déclaré.

A l'approche du deuxième anniversaire le 17 décembre du début de la révolution tunisienne, déclenchée par l'immolation d'un vendeur ambulant de Sidi Bouzid excédé par la misère et le harcèlement des policiers, la Tunisie est une nouvelle fois confrontée à une vague de violences.

Les manifestations sociales dégénérant en affrontements et les attaques menées par des groupuscules salafistes se sont multipliées, alors que le pays est plongé dans une impasse politique, sans aucun compromis en vue sur la future Constitution.

La Tunisie est aussi minée par une économie anémique en raison de la crise de la zone euro et de l'instabilité politique. Le Premier ministre a ainsi lancé un appel au calme en soulignant que le développement économique ne pouvait avoir lieu "dans le chaos".

kl-alf/fc