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30/11/2012 01:54 EST | Actualisé 30/01/2013 05:12 EST

Égypte: des milliers de manifestants dénoncent le projet de Constitution

LE CAIRE, Égypte - Plus de 100 000 personnes ont manifesté vendredi en Égypte après l'approbation par l'Assemblée constituante, dominée par les islamistes, d'un projet de Constitution, sans la participation des membres progressistes et coptes. Le projet doit être soumis à un référendum national, probablement à la mi-décembre.

La colère contre le président Mohamed Morsi s'est propagé à la mosquée où celui-ci a l'habitude de se rendre chaque semaine pour la prière du vendredi. Dans son sermon, l'imam a comparé M. Morsi au prophète Mahomet, expliquant que ce dernier avait en son temps bénéficié de larges pouvoirs.

«Non à la tyrannie!» ont scandé les fidèles présents, interrompant le discours de l'imam. Mohamed Morsi a alors pris la parole. Il a déclaré à l'assistance qu'il contestait lui aussi les propos de l'imam, et que le fait qu'un seul homme exerce le pouvoir était contradictoire avec l'islam.

Des milliers de personnes ont manifesté au Caire, convergeant vers la place Tahrir pour la seconde grande mobilisation de la semaine contre le président égyptien. «La Constitution: annulation», «Le peuple veut faire tomber le régime», ont scandé les manifestants.

L'un des leaders de l'opposition, Hamdeen Sabbahia, a pris la parole devant la foule, expliquant qu'il souhaitait que les manifestants puissent se battre jusqu'à ce que le projet de Constitution soit annulé.

«La révolution est de retour. (...) Nous serons victorieux», a scandé M. Sabbahi, qui était arrivé en troisième place lors de l'élection présidentielle de l'été dernier. «Nous sommes unis contre ce régime d'oppression», a-t-il ajouté.

Les manifestants dénoncent les amendements constitutionnels adoptés par le président Morsi la semaine dernière. Le 22 novembre, le président égyptien a considérablement renforcé ses pouvoirs en se plaçant au-dessus de toute supervision judiciaire. Il a aussi accordé l'immunité à l'Assemblée constituante pour empêcher qu'elle soit dissoute par une décision de la justice, ainsi qu'à la chambre haute du Parlement. Ces deux instances sont dirigées par les alliés islamistes de M. Morsi.

L'Assemblée constituante, qui travaille sur le projet de Constitution depuis des mois, a adopté le texte lors d'une séance marathon jeudi soir. Les membres ont voté sur chacun des 230 articles du projet. Sur les 85 membres présents, il n'y avait aucun copte et seulement quatre femmes, toutes islamistes.

Depuis des semaines, les membres progressistes, laïques et coptes, qui formaient déjà une minorité au sein de l'assemblée de 100 membres, boycottent le processus pour protester contre la domination des islamistes.

La subite précipitation pour approuver un projet de Constitution est le dernier revirement de la crise qui oppose le président Morsi et ses partisans islamistes, d'une part, à l'opposition majoritairement laïque et progressiste et au système judiciaire, d'autre part.

L'opposition s'interroge sur l'attitude à adopter : soit boycotter le référendum pour montrer son désaccord avec le texte, soit essayer d'utiliser la colère de la population contre Mohamed Morsi pour convaincre le peuple de voter «non» au référendum.

Le président égyptien assure que ses nouveaux pouvoirs ne seront valables que jusqu'au référendum, dont il devrait annoncer la date samedi.

La principale controverse repose sur le deuxième article de la Constitution. L'ancienne charte constitutionnelle affirme que «les principes de la loi islamique» constituent la base de la législation. Cette formulation est soutenue par les progressistes, qui estiment qu'il s'agit d'une définition large de l'islam.

Mais les fondamentalistes en veulent plus. Ils réclament que la base de la loi repose sur les préceptes de la charia, ce qui implique que la loi égyptienne soit soumise à l'interprétation religieuse, menaçant les libertés individuelles.