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29/11/2012 01:43 EST | Actualisé 29/01/2013 05:12 EST

Tunisie: nouvelles violences à Siliana, le Premier ministre veut une enquête

Des affrontements ont opposé jeudi pour le troisième jour de suite dans la ville tunisienne de Siliana des policiers et des protestataires réclamant le départ du gouverneur, tandis que le Premier ministre a appelé au calme et promis une enquête.

La police a tiré de grandes quantités de gaz lacrymogènes sur quelques centaines de manifestants qui ont tenté de s'attaquer dans l'après-midi à un poste de police. Dans la soirée, des barricades de pneus en feu ont été érigées, mais les affrontements avaient cessé.

Vingt-six personnes ont été traitées à l'hôpital: 24 asphyxiés par du gaz lacrymogène et deux pour des fractures, selon les médecins.

Le bilan est nettement moins lourd que la veille, lorsque près de 300 personnes ont été blessées, notamment par les tirs de chevrotine de la police. Une demie-douzaine de bâtiments publics de la région ont aussi été incendiés mercredi.

Une trentaine de personne ont été interpellées jeudi, d'après un décompte de l'AFP. Le ministère de l'Intérieur était injoignable en début de soirée.

Plusieurs milliers d'habitants de cette ville située à 120 km au sud-ouest de Tunis ont par ailleurs manifesté pacifiquement dans la journée aux abords du gouvernorat (préfecture) pour réclamer des aides économiques, le limogeage du gouverneur et la fin de la "répression".

Des rassemblements ont aussi été émaillés de violences dans des localités alentour. Un poste des forces de l'ordre tunisiennes et deux de leurs véhicules ont été incendiés à Kesra, a constaté une journaliste de l'AFP.

Les revendications des manifestants ne sont pas sans rappeler celles de la révolution de 2011, la misère et la dénonciation de l'arbitraire de la police ayant été à l'époque au coeur du soulèvement.

"Nous n'accepterons pas un processus de destruction de la démocratie"

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Alors que les manifestants --soutenus par une partie de l'opposition et le syndicat de l'UGTT-- et policiers s'accusent mutuellement d'être à l'origine des troubles, le Premier ministre Hamadi Jebali a promis une enquête sur ces violences qui menacent "la démocratie".

"Nous allons enquêter sur un éventuel usage excessif de la force et sur l'origine des violences (...) notre devoir est de demander des comptes à ceux qui sont responsables de cette catastrophe", a déclaré M. Jebali, du parti islamiste Ennahda.

Il a souligné que le développement économique réclamé par les protestataires ne peut être réalisé "dans le chaos", se disant prêt à dialoguer "pour résoudre les problèmes de la région".

"Le peuple est le seul habilité à dire +dégage+ (au gouvernement) mais par la voie des urnes", a encore dit M. Jebali, "nous n'accepterons pas un processus de destruction de la démocratie", a-t-il martelé.

Enfin, il a promis de déterminer "toutes les responsabilités, y compris celles du gouverneur".

La centrale syndicale tunisienne, l'UGTT, a de son côté appelé à une nouvelle manifestation vendredi.

"J'appelle tous les habitants de la région à participer à une marche symbolique sur Tunis de deux kilomètres" vendredi, a déclaré le secrétaire général de la branche régionale du syndicat Nejib Sebti.

Un représentant du parti islamiste Ennahda, qui dirige le gouvernement, a dénoncé des violences provoquées par des forces "contre-révolutionnaires".

"Les manifestations se sont transformées en violences et en attaques contre les symboles de l'Etat (...) et les acquis du peuple", a déclaré Ameur Larayedh, chef du bureau politique de ce parti.

"Le peuple ne va pas permettre aux contre-révolutionnaires de revenir", a-t-il ajouté.

La région de Siliana est affectée par de grandes difficultés économiques. Selon des statistiques officielles, les investissements et les créations d'emplois y sont en chute libre depuis le début de l'année.

bur-alf/hj