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29/11/2012 07:00 EST | Actualisé 29/01/2013 05:12 EST

Malgré les avertissements israéliens, de nombreux civils ont péri à Gaza

Le téléphone a sonné à 03H00: "Vous avez cinq minutes pour évacuer la maison". Quelques minutes après, un drone tire un coup de semonce. L'armée israélienne a déployé toute une gamme de sommations à la population de Gaza, mais le bilan des civils tués reste lourd.

Les hostilités entre soldats israéliens et combattants palestiniens (14 au 21 novembre), ont coûté la vie à 174 Palestiniens, dont une centaine de civils y compris au moins 37 enfants et 14 femmes - ainsi que six Israéliens, quatre civils dont une femme, et deux soldats, selon les deux camps.

"L'armée israélienne a appelé sur le téléphone portable et nous a donné cinq minutes pour partir", raconte Aymane Ahmad al-Khouli, qui habitait avec ses frères et leurs familles, soit 45 personnes, une maison de trois étages à Zeïtoun, un quartier de Gaza proche de la frontière avec Israël.

"En cinq minutes, nous nous sommes rassemblés et nous sommes sortis dans la rue", poursuit-il, "puis un drone a tiré un missile sur l'un des appartements à titre d'avertissement, pour montrer qu'ils étaient sérieux et que ce n'était pas une plaisanterie".

"Cinq minutes plus tard, deux missiles ont été tirés par un avion F16, nous avons vu le bâtiment s'effondrer", se souvient-il.

Derrière les ruines de la maison rasée, la frappe, qui n'a pas fait de victime, a emporté la façade du bâtiment mitoyen, découvrant une fresque représentant le Dôme du Rocher, sur l'esplanade des Mosquées de Jérusalem, peinte au mur d'une chambre.

"Nous sommes revenus le jour même avec cinq jeunes dans le bâtiment, ils ont de nouveau tiré une salve d'avertissement de drone, puis il y a eu un nouveau raid de F16", dit Aymane al-Khouli.

Dans les jours précédant la trêve, des tracts largués dans les quartiers proches de la frontière incitaient la population à partir vers des zones moins exposées de la bande de Gaza.

Sur son site et dans ses communiqués, l'armée a détaillé ses "méthodes pour éviter les pertes civiles", même si "ces avertissements anéantissent l'effet de surprise et peuvent permettre à l'ennemi de s'échapper ou appeler ses voisins pour lui servir de boucliers humains".

Outre les appels téléphoniques et les tracts, elle cite le "détournement de missiles en vol", les "frappes chirurgicales" ainsi qu'une technique baptisée "taper sur le toit ("roof knocking")", consistant à "viser un bâtiment avec une bombe bruyante mais non létale qui prévient les civils afin de permettre à tous les habitants de quitter le secteur" avant la véritable frappe.

En dépit de ces précautions ostensibles, plus d'un millier de civils palestiniens ont été touchés. La veille du raid sur la maison Khouli, une frappe contre un bâtiment du quartier faisait quatre morts, dont deux femmes et un enfant, et des dizaines de blessés.

"Ce n'est pas une sommation, c'est une démolition", ricane amèrement un des résidents, Khalil Mohammad Azzam, assis devant les décombres avec son fils de huit mois sur les genoux.

Selon Aymane al-Khouli, "il nous ont téléphoné dans un but médiatique, pour pouvoir dire au monde qu'ils préviennent. S'il y avait quelqu'un d'un groupe armé, Fatah, Hamas ou autre, ils bombarderaient sans préavis".

De fait, selon des témoins, aucun coup de semonce n'a précédé la frappe qui a tué douze personnes le 18 novembre, dont dix membres de la famille Dallou, en majorité des femmes et des enfants, visant "un terroriste connu, appartenant à la branche militaire du Hamas", selon Israël.

"Je suis sûr à 100% qu'il n'y a eu aucun avertissement, ni par téléphone ni de quelque manière que ce soit", assure Abdelkarim Dallou, un cousin du patriarche, Jamal. "Si quelqu'un vous dit qu'il va vous tuer, vous restez là ou vous fuyez?".

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