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29/11/2012 11:25 EST | Actualisé 29/01/2013 05:12 EST

Le secteur de l'aérospatiale a besoin de plus d'argent, selon un rapport

OTTAWA - Devant la menace que posent de nouveaux joueurs musclés dans l’industrie aérospatiale, comme l'Inde et la Chine, le Canada doit redoubler d’efforts pour ne pas perdre son avance, recommande un rapport rendu public jeudi.

Le gouvernement canadien doit investir plus d’argent pour la recherche dans le secteur et se tailler une plus grande place à l'étranger en négociant davantage d’accords de coopération, conclut l’examen de l’industrie aérospatiale mandaté par le fédéral.

Car cette industrie ne soulève pas uniquement des questions d'accès aux marchés mondiaux. Elle a aussi un impact sur la sécurité nationale, a insisté l'ancien ministre David Emerson, qui a présidé l'examen.

Bien que le Canada soit le cinquième joueur mondial de l'aérospatiale, M. Emerson croit que l'industrie ne peut pas s'asseoir sur ses lauriers.

«Les réalisations passées ne sont toutefois pas garantes des réussites de demain», a-t-il averti en point de presse.

Dévoilée jeudi, la révision stratégique était fort attendue par l’industrie. Elle se penchait non seulement sur l’aérospatiale, mais aussi sur l’industrie spatiale.

Ce secteur est d'une importance cruciale au Québec, où se trouvent environ la moitié des travailleurs en aérospatiale au pays. Montréal est le troisième carrefour de l'aérospatiale en importance au monde.

Le rapport recommande à Ottawa de déclarer le secteur de l’aérospatiale «prioritaire», ce qui lui assurera plus de financement au sein des programmes de recherche déjà existants.

Il suggère aussi de créer un programme de démonstration à grande échelle, pour aider les entreprises à faire progresser leurs innovations technologiques de l’étape du laboratoire aux essais réels sur les avions. Cette étape cruciale du développement — juste avant le moment de la mise en marché — serait le parent pauvre des programmes de financement fédéraux. Cette étape est coûteuse, mais vu le manque de soutien, de nombreux produits sont alors abandonnés, peut-on lire dans le rapport.

Et puisque le marché canadien est petit, le Canada doit demeurer un exportateur majeur, croit M. Emerson. Actuellement 80 pour cent de sa production d'avions, de simulateurs de vol et de pièces de pointe se rend à l'étranger.

Selon lui, la Chine et l'Inde sont des menaces pour l'industrie canadienne, mais ces pays représentent aussi des occasions en or, d'où l'importance de signer des accords commerciaux.

«La montée de nouveaux joueurs signifie qu'il y a de plus en plus de compétition», souligne M. Emerson.

«La Chine progresse très vite. Et les temps changent», ajoute-t-il avec un sentiment d'urgence.

Car ces pays émergents sont prêts à utiliser les ressources et l'influence de l'État pour prendre leur place, est-il indiqué dans l'étude.

L’examen recommande aussi d’obliger les entreprises qui souhaitent vendre des aéronefs au gouvernement à prendre des engagements fermes en matière de retombées industrielles et technologiques au pays.

Quant au programme spatial canadien, il doit aussi être revigoré. «Au cours de la dernière décennie, le programme spatial canadien s'est embourbé», déplore le chef de l'examen.

Le manque de travailleurs qualifiés a aussi été souligné. On recommande des efforts soutenus pour attirer les jeunes vers des domaines d'études utiles aux entreprises.

L’examen de l’industrie aérospatiale, qui se veut indépendant, a été annoncé en février dernier par le gouvernement Harper.

Cette révision devait être fiscalement neutre. Ainsi, toute suggestion faite de fournir plus d’argent à un endroit devait entraîner des compressions ailleurs.

Le ministre de l'Industrie, Christian Paradis, promet de revoir attentivement toutes les recommandations du rapport.

Il a d'ailleurs été bien reçu de façon générale par l'industrie, dont les membres ont contribué au rapport.

L'Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC) appuie les conclusions.

«M. Emerson reconnaît que l’industrie de l’aérospatiale et de l’espace est à un tournant crucial dans son évolution et que le gouvernement, l’industrie, les universitaires et les syndicats doivent s’adapter d’urgence à un environnement mondial hautement compétitif et en mutation rapide», a déclaré David Schellenberg, président du conseil d’administration de l’AIAC.

Mais il est essentiel que ces politiques soient mises en oeuvre rapidement et efficacement, prévient-il.

Il n'est pas indisposé par le fait que l'étude devait être fiscalement neutre, restreignant ainsi la marge de manoeuvre des responsables du rapport, qui devaient limiter leurs suggestions et leurs coûts.

«On comprend que le gouvernement navigue dans un contexte fiscal difficile», a-t-il dit.

Chez le géant de l'aérospatiale Bombardier, le rapport est aussi bien accueilli.

«M. Emerson a vraiment ciblé les bonnes priorités», a déclaré Hélène Gagnon, vice-présidente des affaires publiques de l'entreprise. Aéro Montréal, la grappe aérospatiale du Québec, est du même avis.

«Ce qu'il dit c'est qu'il y a un sentiment d'urgence. On prend un peu notre industrie aéronautique pour acquis au Canada. Mais la vérité c'est qu'on a perdu du terrain ces dernières années par rapport aux autres nations», a précisé Mme Gagnon.

Pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), le rapport démontre «qu'il y a beaucoup de travail à faire».

«Le gouvernement conservateur n’en fait pas assez pour appuyer ce secteur névralgique de notre économie», critique l'opposition officielle.

Le rapport suggère un solide appui à la recherche et au développement, ce qui est bien reçu par la porte-parole en matière d'industrie du NPD, Hélène Leblanc.

Mais elle se demande à quel point cela peut être accompli avec les compressions effectuées par le gouvernement dans la recherche, notamment dans les programmes «Recherche scientifique et développement expérimental», et avec l'élimination de l'admissibilité des dépenses en capital, avance-t-elle.

«Ceci frappe très durement la recherche et le développement en aérospatiale qui exige beaucoup de capital», fait valoir Mme Leblanc qui rapporte que l'industrie voudrait de la prévisibilité dans le financement «puisque le cycle de développement des produits technologiques est très long».

L’industrie aérospatiale emploie quelque 160 000 personnes au pays et génère plus de 22 milliards $ de recettes, selon l'AIAC.