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29/11/2012 09:57 EST | Actualisé 29/01/2013 05:12 EST

La juge Charbonneau cherche à calmer la grogne et appelle à la patience

MONTRÉAL - La juge France Charbonneau a tenté de calmer une certaine grogne, jeudi, affirmant que la commission qu'elle préside ne pouvait pas tout faire en même temps et que toutes les pièces du casse-tête finiraient par être assemblées.

«Il est parfois nécessaire, pour décrire un système, de faire entendre un ou plusieurs témoins. Il peut aussi être nécessaire, puisque la crédibilité en général de tous les témoins devra être analysée, de confirmer les dires d'un témoin. De même, on ne peut pas tout faire en même temps. Il y a forcément un début et une fin. Toutes les pièces du casse-tête ne peuvent pas être mises en place en même temps», a-t-elle déclaré au dernier jour des audiences publiques avant l'ajournement des Fêtes.

La juge a pris soin de rappeler que malgré la pause des audiences publiques, le personnel de la commission n'en travaille pas moins. «La commission ne suspend pas ses travaux pendant la période des Fêtes», a-t-elle insisté.

Certains, dans les médias, s'étaient ouvertement plaints du fait que la commission tournait en rond devant la répétition de témoignages d'entrepreneurs en construction qui venaient décrire un cercle fermé duquel ils étaient exclus. D'autres soulevaient le fait que la commission coûtait cher et avait encore peu rapporté, hormis ces témoignages d'entrepreneurs.

«Tel que le mentionnait le juge (John) Gomery (de la commission d'enquête sur le scandale des commandites): agir trop rapidement pourrait être interprété aussi bien comme un exercice bâclé en vue de disculper certaines parties de tout blâme ou reproche ou bien encore comme un exercice visant à identifier des coupables à tout prix. C'est évidemment ce qu'il faut éviter», a expliqué la juge Charbonneau.

Dans sa déclaration de huit minutes, la présidente de la commission a aussi rappelé qu'elle devait tout faire pour protéger les enquêtes encore en cours et que cela provoque parfois un changement dans l'ordre du jour des audiences.

La juge Charbonneau a aussi rappelé que de nouveaux procureurs devront être embauchés après le départ du procureur chef, Me Sylvain Lussier, suivi du procureur chef adjoint, Me Claude Chartrand.

«La perte de deux avocats se fait nécessairement sentir. Nous devrons donc, dans les semaines qui viennent, embaucher d'autres procureurs et avocats. Cette tâche n'est pas simple, étant donné que nous devons éviter tout conflit d'intérêts et nous assurer de la compétence et de l'expérience des gens que nous choisirons», a relevé la juge Charbonneau.

Encore aujourd'hui, la commission reçoit de nouvelles informations, a-t-elle indiqué, et celles-ci doivent être vérifiées.

Les audiences publiques reprendront le 21 janvier.

Avocats

Les avocats représentant les parties étaient étonnamment muets au sortir des audiences. Eux qui s'étaient plaints de certaines difficultés, notamment du fait de n'avoir accès que tardivement à certains éléments de preuve, n'ont pas voulu dire s'ils avaient été rassurés par les propos de la juge. Celle-ci a pourtant affirmé dans son allocution que ces difficultés avaient été aplanies.

Les avocats des parties se sont rencontrés dans une salle durant plusieurs minutes, après l'allocution de la juge Charbonneau, et se sont visiblement donné la consigne de ne pas parler aux médias.

«Vous avez entendu les commentaires de la commissaire tout à l'heure. On prend acte de ça», a lancé Me Benoît Boucher, avocat du Procureur général, avant d'exprimer ses souhaits des Fêtes.

«Moi je me prépare pour la période des Fêtes et j'espère que vous allez faire de même», s'est borné à dire Me Michel Décary, représentant le Parti libéral du Québec. Interrogé sur ces difficultés censées être aplanies entre eux et les procureurs de la commission, il a simplement répondu «j'ai noté».