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29/11/2012 07:10 EST | Actualisé 29/01/2013 05:12 EST

Égypte: les islamistes adoptent à la hâte un projet de Constitution

LE CAIRE, Égypte - Les islamistes qui dominent l'Assemblée constituante égyptienne ont approuvé un projet de Constitution, jeudi, mais sans la participation des membres progressistes et coptes de l'assemblée, aggravant les tensions entre l'opposition et le président Mohamed Morsi.

Selon les experts juridiques, ce texte au penchant islamiste pourrait donner aux dirigeants religieux musulmans un droit de regard sur les lois et limiter la liberté d'expression, les droits des femmes et d'autres libertés.

L'Assemblée constituante, qui travaille sur le projet de Constitution depuis des mois, a adopté le texte lors d'une séance marathon qui s'est poursuivie après minuit. Les membres ont voté sur chacun des 230 articles du projet de Constitution.

Le manque de diversité de l'assemblée était bien visible dans les images diffusées à la télévision. Sur les 85 membres de l'assemblée, il n'y avait aucun copte et seulement quatre femmes, toutes islamistes. La plupart des hommes portaient de longues barbes, un signe distinctif des musulmans conservateurs.

Depuis des semaines, les membres progressistes, laïques et coptes, qui formaient déjà une minorité au sein de l'assemblée de 100 membres, boycottent le processus pour protester contre la domination des islamistes.

La subite précipitation pour approuver un projet de Constitution est le dernier revirement de la crise qui oppose le président Mohamed Morsi et ses partisans islamistes, d'une part, à l'opposition majoritairement laïque et progressiste et au système judiciaire, d'autre part.

Le vote n'était pas attendu avant deux mois. Mais l'assemblée a abruptement décidé d'adopter le texte avant le jugement de la Cour suprême constitutionnelle, qui doit se prononcer dimanche sur une éventuelle dissolution de l'Assemblée constituante.

Afin d'entrer en vigueur, le projet de Constitution devra être adopté dans le cadre d'un référendum populaire, qui devrait avoir lieu «très bientôt», a indiqué le président Morsi jeudi.

«Je suis triste de voir que cela survient alors que l'Égypte est si divisée», a déclaré l'un des leaders de l'opposition égyptienne, Mohamed El Baradei, lauréat du prix Nobel de la Paix, lors d'une entrevue avec la chaîne Al-Nahar TV. Mais il a prédit que le texte ne ferait pas long feu. «Il fera partie du folklore populaire et se retrouvera dans la poubelle de l'histoire.»

Le vote de jeudi aggrave les tensions entre l'opposition et le président, qui s'est attribué des pouvoirs quasi absolus la semaine dernière en neutralisant le système judiciaire. Mohamed Morsi a interdit aux tribunaux de dissoudre l'Assemblée constituante et la chambre haute du Parlement et de contester ses propres décisions.

Lors d'une entrevue télévisée diffusée tard jeudi soir, le président Morsi a défendu ses décrets, affirmant qu'ils représentaient une «opération délicate» mais nécessaire pour permettre à l'Égypte de surmonter la période de transition et mettre fin à l'instabilité, causée selon lui par l'absence de Constitution.

«La chose la plus importante de cette période est que nous finissions la Constitution, afin que nous ayons un Parlement élu en vertu de cette Constitution, un système judiciaire indépendant et un président qui exécute les lois», a-t-il dit.

En écoutant le discours, les manifestants qui campent depuis quelques jours sur l'emblématique place Tahrir, au Caire, ont scandé des slogans contre le président et ont brandi leurs chaussures en signe de mépris.

Au moins 200 000 personnes s'étaient rassemblées sur la place Tahrir plus tôt cette semaine pour protester contre les décrets adoptés par le président. L'opposition a prévu d'organiser une autre grande manifestation vendredi, tandis que les Frères musulmans prévoient un rassemblement de soutien à Mohamed Morsi samedi.