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28/11/2012 05:09 EST | Actualisé 28/01/2013 05:12 EST

Les Palestiniens se préparent à une journée historique aux Nations unies

RAMALLAH, Territoire palestinien - Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, demandera jeudi à l'Assemblée générale des Nations unies de reconnaître la Palestine comme un État, dans une tentative de relancer les négociations de paix au Proche-Orient. Mais le geste est déjà condamné par Israël, qui estime qu'il s'agit d'une tentative des Palestiniens pour éviter des négociations.

Une haute responsable palestinienne, Hanane Achraoui, a exhorté mercredi les États-Unis à ne pas s'opposer à la résolution, jugeant leur position nuisible aux intérêts américains dans la région.

Le «oui» devrait facilement l'emporter parmi les 193 États membres de l'Assemblée générale de l'ONU, où une majorité des deux tiers suffit pour adopter une résolution. Israël, les États-Unis, le Canada et quelques autres pays devraient voter contre.

La Palestine ainsi reconnue par la résolution comprendra la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est, des territoires confisqués par Israël pendant la guerre de 1967. Israël s'est retiré de la bande de Gaza en 2005, mais en contrôle toujours la plupart des accès.

Mais le vote à l'Assemblée générale reste largement symbolique et ne changera pas la situation sur le terrain.

Mahmoud Abbas a assuré que la reconnaissance de la Palestine par l'ONU n'était pas destinée à remplacer des négociations avec Israël, mais à donner plus de poids aux Palestiniens dans d'éventuelles discussions de paix et à s'assurer que les frontières d'avant 1967 soient celles du futur État palestinien, une idée rejetée par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

L'adoption de la résolution ne signifiera pas non plus une reprise rapide des négociations de paix, qui sont au point mort depuis quatre ans.

Le président de l'Autorité palestinienne refuse de négocier tant qu'Israël poursuivra les constructions dans les colonies des Territoires occupés. Un demi-million d'Israéliens vivent désormais en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, ce qui brouille les frontières de 1967.

Après avoir imposé un gel partiel de la colonisation en 2009, sans pour autant réussir à relancer durablement les pourparlers de paix, Benyamin Nétanyahou a refusé de déclarer un nouveau moratoire. Ses conseillers estiment que la reconnaissance de la Palestine à l'ONU n'incitera pas Mahmoud Abbas à renoncer à la condition préalable du gel de la colonisation pour reprendre le dialogue.

Chacun campe sur ses positions

Hanane Achraoui a affirmé mercredi que le texte qui sera présenté à l'ONU représentait «un effort de la dernière chance, parce que nous pensons qu'une solution à deux États (Israël et la Palestine) est en péril à cause de ces actions» de colonisation.

Elle a exhorté les États-Unis, s'ils «ne peuvent voter "oui", à s'abstenir et à ne pas voter "non", car cela serait considéré comme vraiment pitoyable par le reste du monde».

Le porte-parole du gouvernement israélien, Mark Regev, a déclaré que seules des négociations directes entre les deux parties pourraient aboutir à la création d'un État palestinien. «Ils boycottent Israël. Ils refusent de nous parler. Avec qui veulent-ils faire la paix?»

Après 20 ans de négociations sans résultat et de poursuite des violences, la plupart des Palestiniens ne croient plus à la création d'un État indépendant par la voie des négociations, selon les sondages.

Le vote à l'ONU survient à un moment important pour Mahmoud Abbas, issu du Fatah, qui a vu grimper la cote de popularité de ses rivaux du Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza, surtout depuis que les islamistes ont tenu tête à Israël plus tôt ce mois-ci, lors de l'offensive israélienne Pilier de défense destinée à faire cesser les tirs de roquettes sur le sud du territoire israélien.

Le Hamas, qui a pris le contrôle du petit territoire en 2007, considère les négociations de paix avec Israël comme une perte de temps, mais ses dirigeants soutiennent ouvertement depuis quelque temps l'initiative de Mahmoud Abbas à l'ONU.

Appuis européens

L'entourage de M. Abbas a souligné qu'il comptait sur le soutien de pays européens à l'ONU pour renforcer sa position. La France, l'Espagne, la Norvège et le Danemark ont déjà annoncé qu'ils appuieraient la résolution des Palestiniens.

Parmi les autres grands pays qui devraient soutenir la demande palestinienne figurent la Chine, l'Inde et probablement la Russie, qui a déjà soutenu l'adhésion palestinienne à l'UNESCO.

Les États-Unis et Israël vont s'y opposer, au motif que cela ralentira le processus de paix israélo-palestinien.

Le Canada votera également contre, a confirmé le premier ministre Stephen Harper mercredi. Le porte-parole des Affaires étrangères, Rick Roth, avait précédemment déclaré que toute solution à deux États devait être négociée et acceptée par les deux États en question, estimant qu'une action unilatérale ne ferait pas avancer le dossier.

Le Royaume-Uni et l'Australie devraient quant à eux s'abstenir.

Une fois reconnue comme État non membre de l'ONU, la Palestine compte demander l'adhésion à un certain nombre d'agences des Nations unies et à la Cour pénale internationale.

Israël réagirait «vigoureusement» si les Palestiniens tentaient de poursuivre le gouvernement israélien pour crimes de guerre devant cette juridiction, a prévenu un responsable ayant requis l'anonymat.