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28/11/2012 06:01 EST | Actualisé 28/01/2013 05:12 EST

De plus en plus d'enfants sud-coréens sont accros à leur téléphone intelligent

SÉOUL, Corée du Sud - En Corée du Sud, où le gouvernement fournit des services d'aide psychologique à quelque deux millions de personnes qui ne peuvent s'empêcher de jouer à des jeux vidéo en ligne, les enfants n'étaient auparavant pas considérés comme des accros potentiels. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, avec l'omniprésence des téléphones intelligents.

Ainsi, Park Jung-in, une jeune Sud-Coréenne âgée de 11 ans, préfère dormir avec son téléphone intelligent plutôt qu'avec un ours en peluche. Le matin, quand l'écran rayonne et que l'alarme retentit, elle se lève, met ses lunettes et fait défiler plusieurs dizaines de nouveaux messages envoyés par ses amis, émergeant lentement de son sommeil.

Au cours de la journée, elle envoie constamment des textos à ses amis, qu'elle soit à l'école, aux toilettes ou dans la rue. «Je suis nerveuse quand la batterie tombe sous les 20 pour cent», confie la jeune fille. «Ça me stresse de rester trop longtemps dans une zone sans réseau téléphonique.»

En Corée du Sud et dans d'autres pays d'Asie, la dépendance aux jeux en ligne a longtemps été associée à ceux qui jouent pendant des jours, isolés de leur école, de leur travail ou de leur vie de famille, se trouvant dans une zone floue entre le virtuel et le réel. En 2010, la Corée du Sud a été choquée par la mort d'une fillette de trois ans: ses parents, absorbés par des jeux en ligne, ne la nourrissaient qu'une fois par jour.

Park Jung-in ne joue pas à des jeux vidéo, et en classe, elle n'hésite pas à lever la main avec assurance pour répondre aux questions du professeur. Elle s'entend bien avec ses amis et aime cuisiner pour le plaisir. Elle a toutefois passé des tests au sujet de sa dépendance à son téléphone intelligent et est considérée comme «maladivement dépendante».

Son cas n'est pas unique, et le gouvernement prend cela suffisamment au sérieux pour décider que les enfants âgés de trois à cinq ans devront suivre à partir de l'an prochain un cours visant à leur apprendre à contrôler leur téléphone intelligent et l'utilisation d'Internet.

En se servant des nouveaux téléphones intelligents, qui répondent au simple toucher du doigt, les enfants sont plus inquiets qu'auparavant et font preuve de moins d'empathie, affirme Kim Jun-hee, une enseignante de maternelle qui a réalisé une étude de huit mois sur la dépendance à Internet des enfants en bas âge.

«Les bébés sont dans une poussette avec un "porte-smartphone". Les enfants s'assoient dans leur poussette et regardent des films sur leur tablette», explique-t-elle. «J'enseigne dans des écoles maternelles depuis plus de dix ans. Comparativement à avant, les enfants aujourd'hui n'arrivent plus à contrôler leurs pulsions.»

À Suwon, au sud de Séoul, les élèves d'Han Jeoung-hee doivent désormais éteindre leur téléphone intelligent en arrivant à l'école le matin. «Les enfants oublient de déjeuner, complètement absorbés par leur téléphone», note ce professeur de l'école primaire Chilbo. Alors les appareils sont mis dans un sac en plastique et rendus aux enfants à la fin de la journée.

L'Agence nationale de l'information de la Corée du Sud (NIA) estime que 160 000 enfants sud-coréens âgés de 5 à 9 ans sont accros à Internet, aux téléphones intelligents, tablettes et ordinateurs. Ces enfants semblent fascinés quand ils s'en servent, mais distraits et nerveux quand ils en sont privés, et ils peuvent s'abstenir de manger ou d'aller aux toilettes pour continuer à jouer en ligne, selon la NIA.

Le gouvernement sud-coréen estime qu'environ 2,55 millions de citoyens du pays sont dépendants des téléphones intelligents et les utilisent pendant au moins huit heures par jour, selon la première étude publique sur le sujet, réalisée cette année.

Si la dépendance à Internet n'est pas reconnue comme une maladie mentale, les autorités de la santé publique du monde entier demandent de plus en plus que ce problème soit traité comme une maladie plutôt que comme un problème social.