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28/11/2012 08:41 EST | Actualisé 28/01/2013 05:12 EST

De hautes instances judiciaires égyptiennes dénoncent le décret Morsi

L'Egypte s'enfonçait encore un peu plus dans la crise mercredi, deux hautes instances judiciaires dénonçant le renforcement des pouvoirs du président islamiste Mohamed Morsi au moment où de nouveaux heurts ont opposé manifestants et forces anti-émeutes au Caire.

Au lendemain d'une mobilisation populaire inédite contre le président, dont la décision de se doter de pouvoirs exceptionnels divise le pays, la Cour de cassation a annoncé la suspension de ses travaux jusqu'à ce que son décret controversé soit annulé.

La Haute cour constitutionnelle a, elle, jugé injustifiées les accusations de partialité de Mohamed Morsi à son encontre et l'a appelé à en apporter des preuves.

Le 22 novembre, M. Morsi avait placé ses décisions à l'abri de tout recours en justice et décidé qu'aucune instance judiciaire ne pouvait dissoudre la commission chargée de rédiger la future Constitution, une instance cible de nombreuses critiques de la part des libéraux et laïques qui l'accusent d'être dominée par les islamistes.

Or, la composition de cette commission constituante fait actuellement l'objet d'un recours devant la Haute cour constitutionnelle.

Au Caire, des heurts ont eu lieu dans la nuit dans les rues environnantes de la place Tahrir avant de s'y propager le matin. Les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes sur les manifestants, et des gaz ont atteint les tentes où des protestataires campent depuis le 23 novembre, selon un photographe de l'AFP.

Des centaines de manifestants ont passé la nuit sur la place après des manifestations de dizaines de milliers de personnes à travers le pays pour dénoncer le décret.

Ces rassemblements, lors desquels le puissant mouvement des Frères musulmans, dont est issu le président, a été également conspué, ont eu lieu dans la plupart des 27 provinces du pays, dont Alexandrie, deuxième ville d'Egypte.

"Dégage!", ont scandé les manifestants, reprenant le slogan emblématique de la révolte anti-Moubarak.

Une banderole déployée à une entrée de la place Tahrir proclamait: "Interdit aux Frères musulmans".

L'Egypte fait face depuis l'annonce de ce décret à une crise sans précédent depuis l'élection en juin du premier chef islamiste du pays le plus peuplé du monde arabe.

Pour ses partisans, ces pouvoirs exceptionnels permettront à M. Morsi d'engager des réformes indispensables pour la marche vers la démocratie et cesseront avec l'adoption prévue dans quelques mois de la nouvelle Constitution. Ses détracteurs l'accusent eux de se comporter en "nouveau pharaon" et de "voler la révolution".

Depuis le début des troubles, trois personnes ont été tuées dans des heurts entre policiers et manifestants ou entre protestataires des deux camps rivaux, selon des sources médicales. Des dizaines d'autres ont été blessées, dont 100 mardi, selon le ministère de la Santé.

Après une rencontre avec la hiérarchie judiciaire lundi, M. Morsi a maintenu le décret par lequel il s'est autorisé à prendre toute mesure jugée nécessaire pour "protéger la révolution".

Unique inflexion apparente, seuls ses "pouvoirs souverains" -dont la définition reste vague- sont hors d'atteinte des juges, a dit la présidence, laissant entendre que les décisions de routine pourraient être soumises aux magistrats.

Alors que l'Egypte a besoin d'aide pour relancer son économie, le Fonds monétaire international a averti qu'un "changement majeur" dans sa politique économique pourrait remettre en cause le pré-accord sur le plan d'aide de 4,8 milliards de dollars.

Le département d'Etat a appelé de son côté à la fin de "l'impasse constitutionnelle" tout en minimisant les risques de voir M. Morsi se transformer en autocrate.

Mais l'ambassade américaine au Caire a semblé plus critique. "Le peuple égyptien a clairement indiqué lors de la révolution du 25 janvier qu'il en avait assez de la dictature", peut-on ainsi lire sur un tweet de son compte officiel.

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