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27/11/2012 02:24 EST | Actualisé 26/01/2013 05:12 EST

Thaïlande: les militants "chemises rouges" jugés pour les émeutes de 2010

Les cadres du mouvement thaïlandais des "chemises rouges", qui avait bloqué Bangkok pendant deux mois jusqu'à un assaut de l'armée en 2010, comparaissent jeudi pour terrorisme alors que la fracture politique et sociétale du royaume semble constamment en mesure de s'embraser.

Les 24 accusés, dont cinq parlementaires, sont théoriquement passibles de la peine de mort pour leur rôle dans les manifestations qui avaient réuni jusqu'à 100.000 personnes. La plupart étaient fidèles à l'ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, renversé en 2006 par un coup d'État.

Les "rouges", qui exigeaient la chute du gouvernement de l'époque, n'avaient lâché prise qu'au terme d'un brutal assaut de l'armée en plein coeur d'une capitale terrifiée. La crise, la plus violente qu'ait connue la Thaïlande moderne, avait fait 90 morts et 1.900 blessés.

Depuis, le climat s'est apaisé en surface. Le clan Thaksin a gagné les élections de 2011, portant sa seur Yingluck à la tête du gouvernement. Et certains "rouges" ont rejoint le gouvernement ou le groupe majoritaire à l'Assemblée.

Les chefs du mouvement, dont beaucoup s'étaient rendus à la police le jour de l'assaut final et ont été libérés sous caution, plaident non coupable des poursuites pour "terrorisme" et "incitation à la violence".

"Dans de nombreux pays, ceux qui sont au pouvoir trouveront toutes les accusations nécessaires pour justifier l'usage de la force contre le peuple", a estimé Nattawut Saikuar, cadre "rouge" devenu ministre adjoint du Commerce, lors d'un entretien avec l'AFP.

"Je suis certain que les manifestants n'avaient besoin d'aucun discours pour les provoquer. Ils voyaient des blessés et des morts. Il y avait beaucoup de tension dans l'air".

Le procès devrait durer des mois, hors sessions parlementaires lors desquelles les députés bénéficient de l'immunité.

Mais aucun responsable du gouvernement de l'époque, ni de l'armée, n'a été poursuivi. Le Premier ministre aux affaires en 2010, Abhisit Vejjajiva, estime d'ailleurs n'avoir rien à se reprocher.

"J'ai exprimé mes regrets mais je pense que beaucoup de gens comprennent les efforts que j'ai fait pour éviter les pertes. A ce moment-là, il était du devoir du gouvernement de restaurer l'ordre," a-t-il expliqué à l'AFP.

Les organisations de défense des droits de l'Homme regrettent pourtant que les deux protagonistes ne soient pas dans le box.

"L'armée (et) les forces de sécurité sont responsables d'un plus grand nombre de victimes", a relevé Sunai Phasuk, chercheur thaïlandais pour Human Right Watch (HRW), jugeant "regrettable que personne ne semble prêt à admettre ses fautes".

La tendance est de facto moins à l'établissement de la vérité qu'au discret coup de balai. Un an et demi après son accession au pouvoir, la soeur de Thaksin tente en effet de faire voter une amnistie des violences politiques depuis 2005, qui profiterait donc aux responsables de 2010, y compris l'armée.

Mais le projet crispe ses adversaires, qui y voient un complot pour faire revenir Thaksin, considéré comme une menace pour la monarchie.

Ils étaient 20.000 dans la rue samedi, autour de militants ultra-royalistes, pour demander la démission du gouvernement. Des échauffourées ont éclaté et plus d'une centaine de personnes ont été brièvement interpellées.

La scène politique vit ainsi au rythme des mouvements de rue. Et les experts redoutent cette quête d'impunité qui nuit selon eux au deuil des familles de victimes et à l'avenir du pays.

"Cela peut aider les responsables politiques et les cadres de l'armée à coexister, et la survie du gouvernement sera garantie. Mais ce n'est pas juste pour les victimes des violences", regrette Sunai Phasuk.

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