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27/11/2012 01:54 EST | Actualisé 27/01/2013 05:12 EST

Jour de deuil national au Bangladesh après l'incendie qui a tué 112 ouvriers

DACCA, Bangladesh - Le Bangladesh a observé une journée de deuil national, mardi, en mémoire des 112 personnes tuées samedi dans un incendie survenu dans une usine de vêtements. Les syndicats préparent de nouvelles manifestations pour exiger de meilleures conditions de sécurité dans une industrie considérée comme vitale pour le pays, mais connue pour ses installations dangeureuses en cas de sinistre.

Les drapeaux du pays ont été mis en berne et les usines sont restées fermées mardi, tandis que des dizaines de milliers de personnes de tout le pays ont prié pour les victimes. Quelque 10 000 personnes, dont des proches et des collègues des victimes, se sont rassemblées près de l'usine Tazreen Fashions de Savar, dans la banlieue de Dacca, la capitale. Plusieurs portaient des écussons noirs en signe de deuil. Aucun incident n'a été signalé.

Des milliers d'ouvriers ont manifesté lundi et mardi à Dacca pour exiger l'amélioration des mesures de sécurité dans les usines de fabrication de vêtements.

L'industrie textile du Bangladesh est partie de quasiment rien pour devenir en moins de 30 ans le moteur des exportations du pays, mais la production passe bien avant la sécurité. En six ans, plus de 300 personnes ont péri dans des incendies survenus dans les usines du pays.

L'usine de Tazreen Fashions fabriquait notamment des vêtements pour la chaîne Wal-Mart.

Des rescapés de l'incendie de samedi ont raconté qu'une sortie de secours était verrouillée, que les extincteurs ne fonctionnaient pas et qu'ils n'étaient apparemment là que pour satisfaire les inspecteurs. Selon des rescapés, les patrons ont dit aux ouvriers de retourner à leurs machines à coudre quand l'alarme d'incendie s'est déclenchée.

Les victimes ont été prises au pièges ou se sont tuées en sautant par les fenêtres de l'immeuble de sept étages, qui n'était équipé d'aucune sortie de secours fonctionnelle.

Le chef des pompiers, Mohammad Mahbub, a déclaré que les enquêteurs soupçonnaient un court-circuit d'avoir causé l'incendie. Mais selon lui, s'il y avait eu ne serait-ce qu'une seule sortie de secours, «le bilan aurait été bien moins lourd». Trois commissions d'enquête ont été formées pour déterminer les causes de la catastrophe.

La fédération des manufacturiers et exportateurs de textile du Bangladesh, qui va verser 1250 $ US à chacune des familles endeuillées, a demandé aux enquêteurs de ne pas écarter la piste d'un sabotage, évoquant une «conspiration locale et internationale» pour détruire le secteur.

La police a annoncé mardi qu'elle interrogeait une femme soupçonnée d'avoir fait incendier une autre usine de la zone dimanche. Le chef de la police a précisé que les enquêteurs recherchaient un lien éventuel avec le drame de Tazreen Fashions.

Le Bangladesh compte quelque 4000 usines de textile dont les exportations, principalement destinées aux États-Unis et à l'Europe, rapportent environ 20 milliards $ US par an. Le Bangladesh est le numéro deux mondial de ce secteur, derrière la Chine.

Les ouvriers se plaignent toutefois de leurs mauvaises conditions de travail et de leurs salaires, qui peuvent ne même pas atteindre les 40 $ US par mois. La loi interdit aux ouvriers du secteur textile de se syndiquer, alors que les travailleurs des autres secteurs le peuvent.

Dans un entretien au journal «Daily Star» de Dacca publié mardi, le directeur de l'usine Tazreen Fashions se déclare inquiet... de perdre des clients étrangers. «J'ai peur que mes affaires avec eux en souffrent», dit-il, sans mentionner les victimes ou leurs proches.

La société Tazreen n'a pas répondu aux demandes d'entretien de l'Associated Press.