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26/11/2012 02:32 EST | Actualisé 26/01/2013 05:12 EST

Incendie meurtrier: des milliers d'ouvriers du textile manifestent au Bangladesh

DACCA, Bangladesh - Quelque 15 000 employés du secteur du textile ont manifesté lundi à Savar, en banlieue de la capitale du Bangladesh, pour réclamer justice après la mort d'au moins 112 ouvriers dans un incendie survenu samedi dans une usine de confection de vêtements de la région.

Des manifestants ont jeté des pierres sur des usines, endommagé des véhicules et bloqué une autoroute du secteur, mais il n'y a pas eu d'affrontements avec la police ni d'arrestations. Quelque 200 usines de la zone industrielle de Savar étaient fermées lundi en raison du mouvement de protestation.

L'incendie a éclaté samedi en fin de journée dans un bâtiment de sept étages appartenant à l'entreprise Tazreen Fashions Ltd.

Selon le commandant Mohammad Mahbub, chef des opérations de secours, 100 corps ont été retrouvés dimanche matin dans les décombres. Douze autres personnes, qui avaient tenté de fuir les flammes en se jetant du haut du bâtiment, ont succombé à leurs blessures.

Les journaux du Bangladesh rapportent pour leur part un bilan de 124 morts, en plus d'une centaine de blessés.

Le gouvernement a proclamé une journée de deuil national mardi, au cours de laquelle le drapeau national sera mis en berne.

La plupart des victimes ont été piégées dans l'usine, qui n'avait pas assez d'issues de secours, selon les secouristes. Les syndicats au Bangladesh, un pays qui compte environ 4000 usines de vêtements, dénoncent depuis longtemps les mauvaises conditions de travail et les lacunes des mesures de sécurité.

L'exportation de vêtements rapporte annuellement l'équivalent de quelque 19 milliards $ CAN au Bangladesh. La production est surtout distribuée aux États-Unis et en Europe.

D'après le commandant Mahbub, un court-circuit serait à l'origine du sinistre. Mais ce sont surtout les mauvaises conditions de sécurité dans l'immeuble qui ont provoqué un grand nombre de victimes, a-t-il expliqué.

«Le bilan aurait été inférieur si l'immeuble avait eu au moins une issue de secours» fonctionnelle, a ajouté M. Mahbub.

Un rescapé, Mohammad Ripu, a déclaré lundi qu'il avait tenté de quitter l'immeuble quand l'alarme d'incendie s'est arrêtée. «Les responsables nous ont dit, "il ne se passe rien, l'alarme ne fonctionne pas bien, retournez au travail". Quand nous avons voulu nous rendre vers l'issue de secours, elle était bloquée de l'extérieur et là, c'était trop tard», a-t-il déclaré. Il s'est légèrement blessé en sautant du premier étage.

Un autre rescapé a déclaré que les extincteurs de l'usine ne fonctionnaient pas. «Ils étaient juste là pour impressionner les acheteurs ou les autorités», a-t-il dit.

Tazreen Fashion Limited, dont l'usine a ouvert en 2009 et qui emploie 1700 personnes pour fabriquer différents types de chandails, est une filiale de Tuba Group, un important exportateur bangladais de vêtements. Le géant américain Wal-Mart compte parmi ses clients, et l'un des spécialistes de «l'approvisionnement éthique» de la multinationale avait effectué en mai 2011 un contrôle chez Tazreen. Ce document faisait état d'un «risque élevé» en matière de sécurité.

La secrétaire générale de la Fédération bangladaise des ouvriers du textile, Tahmina Rahman, a demandé au gouvernement d'imposer des sanctions. «Les propriétaires bénéficient de l'impunité et ne soucient donc pas de mettre en oeuvre des mesures de sécurité suffisantes. Ils devraient être tenus responsables et envoyés en prison», a-t-elle estimé.