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25/11/2012 04:21 EST | Actualisé 24/01/2013 05:12 EST

Syrie: le sort heureux de déserteurs de la base Cheikh Souleimane

Ils sont cinq. A peine sortis de l'adolescence, le sourire encore incrédule de leur bonne fortune. Cinq soldats syriens qui viennent de faire défection de Cheikh Souleimane, dernière garnison d'importance à l'ouest d'Alep (nord-ouest).

Les rebelles leur avaient donné rendez-vous à l'aube sur une des positions avancées de la base, le long du no man's land d'un kilomètre qui sépare les belligérants.

"Nous avons pu communiquer avec un groupe de soldats à l'intérieur de la base", raconte Abdou Zam Zam, commandant de la brigade al-Beït, l'une des unités rebelles qui assiège la base. "Nous avons déjà perdu plusieurs hommes dans des pièges de ce genre. Il a donc fallu sécuriser la zone au maximum".

"A l'heure prévue, ils ont couru vers nous sur près d'un kilomètre, en levant les bras et avec leurs armes que nous avons récupérées. Et voilà!", raconte ce trentenaire charismatique à la barbe naissante.

Quelques heures plus tard, les cinq hommes mangent un copieux repas assis en tailleur dans la maison du commandant, à un jet de pierre de la ligne de front, sous l'oeil curieux d'une dizaine de rebelles. Ils ont pris une douche et abandonné leur uniforme pour des survêtements de mauvaise facture.

Dans la matinée, un autre chef de guerre local, Cheikh Taoufik, qui joue également le rôle de juge islamique dans la localité voisine de Qabtan al-Jabal, a statué sur leur sort: ils sont libres et pourront rentrer chez eux.

Personne parmi les insurgés n'ose contester la décision. Mais malgré la bonne humeur générale, quelques rares regards sévères, en particulier celui d'un combattant ouzbek, trahissent le mécontentement de certains.

"Notre groupe d'une trentaine d'hommes était en charge de la sécurité sur un secteur du périmètre de la base", raconte l'un des cinq déserteurs, blondinet aux traits juvéniles marqués par la fatigue.

"Nous étions complètement coupés du monde. Pas de télévision ou de radio. Les cartes SIM et batteries de nos téléphones ont été confisquées dès les premiers combats", explique le jeune homme, qui préfère ne pas donner son nom.

"Les officiers alaouites (branche du chiisme dont est issue la majorité des dirigeants à Damas) nous gardaient volontairement dans un isolement complet. Pour empêcher les désertions ou même l'idée d'une reddition, ils disaient que les rebelles nous égorgeraient".

"Nous ne savions pas que le régime avait tué autant de gens ces derniers mois, qu'il bombardait des civils", soutient maladroitement le jeune homme, sous le regard peu convaincu de ses hôtes.

A 25 km au nord-ouest d'Alep, l'immense base de Cheikh Souleimane bombarde presque chaque jour à l'artillerie lourde les villes et villages environnants, dans une région largement acquise à la révolution.

Le moral des assiégés "est au plus bas", enchaîne immédiatement l'ex-soldat, simple militaire du rang affecté depuis "un an et un mois" à la surveillance d'un petit périmètre de l'immense base. "Imaginez-vous! Tout ce temps sans parler à ma famille, ni même pouvoir bouger de notre secteur!".

La situation est "très mauvaise sur la base", qui abrite "beaucoup d'armes", souligne-t-il, se disant cependant incapable de les comptabiliser, dans la mesure où il n'avait pas accès à toute l'enceinte du camp, commandé par le général Khalil Atra.

"Dans mon secteur, nous avions cinq canons que nous avons saboté à la demande des rebelles avant de nous enfuir", assure-t-il.

"Il y a déjà eu de nombreuses défections dans tout le camp. Près d'une quinzaine dans mon unité depuis un an. Un jour, nous avons décidé nous aussi de déserter", raconte-t-il.

"Nous avions pu cacher une carte SIM", poursuit le jeune homme. "Un soldat alaouite nous a prêté une batterie. Un cousin à Alep a obtenu le numéro de portable d'Abdou Zam Zam. C'est comme ça que nous sommes entrés en contact avec lui".

Deux rebelles, dont l'un a perdu un bras, font irruption dans la pièce. "Viens par là, toi! J'ai des questions à te poser", lance-t-il d'un ton agressif au déserteur, en faisant mine de l'aggriper.

Le commandant Abdou Zam Zam intervient immédiatement: "Ils sont dans ma maison, personne ne les touchera. Cheikh Taoufik a décidé qu'ils étaient libres. Je les ramènerai libre jusque chez eux".

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