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25/11/2012 04:10 EST | Actualisé 24/01/2013 05:12 EST

Juges en grève à Alexandrie, appel islamiste à une manifestation pro-Morsi

Les tribunaux d'Alexandrie étaient en grève dimanche et ceux des autres provinces d'Egypte attendaient une décision de leur direction sur ce mouvement de protestation contre le président Mohamed Morsi, dont les partisans islamistes appelaient à des manifestations de soutien.

Il s'agit de la première crise majeure en Egypte depuis l'arrivée au pouvoir en juin de M. Morsi, le premier président islamiste et civil du pays élu seize mois après le renversement en février 2011 du président autocratique Hosni Moubarak par une révolte populaire.

Le camp de M. Morsi assure que le renforcement de ses pouvoirs permettra d'accélérer les réformes démocratiques et rappelle que ces nouvelles dispositions prendront fin dès qu'une nouvelle Constitution aura été adoptée, même si le processus est aujourd'hui enlisé.

Ses détracteurs l'accusent de se comporter, comme son prédécesseur, en "pharaon" et de mettre en péril l'indépendance du pouvoir judiciaire et les acquis de la révolution, ses décisions étant désormais à l'abri de recours devant la justice selon la "déclaration constitutionnelle" annoncée jeudi.

Ebranlée par cette crise qui divise le pays, la Bourse du Caire perdait à la mi-journée plus de 9,49%, avec le principal indice, l'EGX-30 à 4.923,19 points.

Prenant la tête du mouvement de contestation, le Club des juges a dénoncé samedi une "attaque sans précédent contre les jugements du pouvoir judiciaire" et a appelé à une grève des tribunaux dans tout le pays.

Selon le juge Issam al-Tobgi, les "assemblées générales" des tribunaux dans chacune des 27 provinces, à l'exception de celles d'Alexandrie et Beheira (nord) qui ont déjà annoncé un arrêt de travail, ont entamé des réunions pour décider de suivre ou non l'appel à la grève.

M. Tobgi a expliqué à l'AFP que le résultat dépendrait "de l'allégeance ou non des membres de ces assemblées au ministre de la Justice" nommé par M. Morsi.

A Alexandrie, les tribunaux ont cessé le travail à l'appel des juges de cette deuxième ville du pays, qui ont exigé "l'annulation" de la "déclaration constitutionnelle". Dans la province proche de Beheira, les tribunaux se sont aussi mis en grève ouverte.

En revanche, les Frères musulmans, la puissante confrérie dont est issu le président, ont appelé à des manifestations dans l'après-midi dans l'ensemble des provinces en soutien à M. Morsi.

Dans un communiqué, ils ont demandé aux Egyptiens de se rassembler à la sortie des mosquées après la prière, pour "appuyer les décisions du président".

Ils ont aussi appelé à une manifestation massive mardi sur la place Midane au Caire, près de la place Tahrir où les opposants au président prévoient aussi une grande manifestation le même jour.

Dans l'immédiat, le sit-in de protestation entamé vendredi soir se poursuivait dimanche sur la place Tahrir, où une trentaine de tentes ont été érigées, pour protester contre les nouveaux pouvoirs du président.

Avant l'aube, des fauteurs de troubles ont tenté d'incendier les tentes mais ils ont été repoussés par des personnes qui montaient la garde, selon des témoins. La circulation était toujours interdite sur cet important axe routier de la capitale.

Dans la grande rue Qasr al-Eini, adjacente de la place et où des heurts ont souvent lieu, les forces de sécurité ont commencé à construire un "mur" pour empêcher les protestataires de s'approcher des bâtiments officiels et éviter les affrontements, ont précisé les témoins.

Dans la nuit, les forces de l'ordre ont procédé à de nombreuses arrestations dans les rues proches de la place Tahrir, et un petit nombre de manifestants se trouvaient dimanche matin aux abords de la place, lançant par intermittence des pierres sur les policiers, selon les mêmes sources.

Les Etats-Unis et l'Europe ont exprimé leur inquiétude après la décision de M. Morsi, qui cumulait déjà pouvoir exécutif et législatif, l'Assemblée ayant été dissoute avant son élection.

Dans un message publié sur son site internet, l'ambassade des Etats-Unis a demandé à ses employés d'éviter autant que possible le métro du Caire jusqu'à nouvel ordre et à ses ressortissants de s'abstenir de se rendre dans les lieux de rassemblements qui, même pacifiques, peuvent dégénérer.

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