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24/11/2012 05:12 EST | Actualisé 24/01/2013 05:12 EST

10 000 manifestants anti-austérité défilent dans les rues de Dublin

DUBLIN - Environ 10 000 manifestants ont défilé samedi dans Dublin, en Irlande, pour souligner leur opposition aux plans gouvernementaux visant l'adoption d'un sixième budget d'austérité d'affilée.

La principale artère de la ville, O'Connell Street, était rempli de protestataires dans les deux directions, certains portant des masques blancs et des tuques de Noël.

Les manifestants participaient à un grand nombre de campagnes anti-impôts, ou étaient membres de syndicats et de groupes communautaires, la plupart étant favorables à une idéologie de gauche. Plusieurs banderoles dénonçaient les leaders du gouvernement et affichaient des promesses de refus de payer toute nouvelle hausse fiscale.

Le défilé conjuguait thèmes sombres et humour noir. Un cavalier portant un masque blanc et une cape noire, représentant la Grande faucheuse, menait la manifestation, tandis que le cheval portait une banderole «non à l'austérité» autour du cou.

Sur des pancartes, les leaders irlandais étaient représentés sous la forme de serpents, avec des demandes adressées à Saint-Patrick pour qu'il revienne au pays et les chassent d'Irlande.

L'Irlande est le lieu d'un nombre croissant de manifestations en prévision du budget du 5 décembre, alors que le gouvernement du premier ministre Enda Kenny s'est engagé à dévoiler de nouvelles réductions budgétaires et hausses de taxes de 3,5 milliards d'euros dans ce pays de 4,6 millions d'habitants.

L'Irlande a déjà accepté de continuer à imposer ce genre de mesures sur une base annuelle, au moins jusqu'à 2015, dans le cadre de son programme d'austérié entamé en 2009. Celui-ci vise à lutter contre un déficit croissant et financer un colossal programme de sauvetage des banques. L'économie irlandaise, qui profitait précédemment d'une forte croissance, s'est effondrée en 2008 alors que son secteur immobilier, alimenté par les investissements à crédit, a été victime de la crise économique, forçant l'Irlande à nationaliser cinq de ses six banques.

Le pays a failli déclarer faillite en 2010 lorsqu'il a été forcé de négocier un sauvetage financier international. La dernière tranche des 67,5 milliards d'euros empruntés auprès des membres de l'Union européenne et du Fonds monétaire international doit être dépensée l'an prochain, époque à laquelle l'Irlande devrait être en mesure d'emprunter comme à l'habitude sur le marché obligataire. Dublin a d'ailleurs recommencé à effectuer des achats sur ce marché depuis l'été.

Tandis que plusieurs participants de la manifestation de samedi réclamaient des gestes plus radicaux, comme des grèves nationales, les chefs syndicaux cherchaient plutôt à négocier avec le gouvernement pour minimiser les pertes d'emplois et les réductions de salaires.

Cette tension entre la base radicale du mouvement et le leadership prudent était évidente lorsque des chefs syndicaux ont tenté de prononcer une allocution devant le Bureau de poste central de Dublin, mais ont été interrompus par des gens appelant à la grève.

Le gouvernement tente de ramener le déficit budgétaire irlandais à 3 pour cent de son PIB, soit la limite présumée pour les membres de la zone euro, et ce d'ici 2015. L'an dernier, le déficit dépassait les 10 pour cent, mais celui-ci devrait plutôt redescendre à environ 8 pour cent cette année.

Les compressions et hausses fiscales ont déjà réduit le revenu moyen des habitants d'environ 15 pour cent par rapport aux beaux jours du Tigre celtique, et de nouvelles taxes foncières et sur la consommation d'eau doivent entrer en vigueur en 2013. Le chômage a atteint 14,8 pour cent, un sommet en 17 ans. Ce taux serait d'ailleurs bien plus élevé si les Irlandais n'avaient pas l'habitude d'émigrer pour trouver du travail à l'extérieur du pays.