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23/11/2012 02:29 EST | Actualisé 23/01/2013 05:12 EST

Une maison au milieu d'une autoroute devient un symbole de résistance en Chine

PÉKIN, Chine - Au beau milieu de l'autoroute d'une ville de l'est de la Chine se dresse une maison de cinq étages entourée d'asphalte. C'est la maison d'un éleveur de canards qui a refusé de partir lorsque le quartier a été détruit pour construire l'autoroute, estimant que l'indemnité d'expropriation proposée par le gouvernement était trop basse.

Luo Baogen et sa femme sont les uniques résistants de tout un quartier démoli pour faire place à la nouvelle autoroute près de la ville de Wenling, dans la province de Zhejiang.

Les images étonnantes de cette maison au milieu de l'autoroute ont largement circulé sur Internet cette semaine, devenant le symbole de la résistance des Chinois ordinaires face aux expropriations trop peu indemnisées par les autorités qui veulent imposer des projets de développement.

Ces immeubles qui se maintiennent ont même un surnom, les «maisons-clou», qui réfère au fait que leurs propriétaires refusent de les détruire. Les propriétaires ont parfois recours à la violence pour revendiquer leurs droits. Certains se sont même immolés par le feu en signe de protestation, tandis que d'autres ont embauché des gardiens de sécurité présents 24 heures par jour pour empêcher les bulldozers d'intervenir.

Luo Baogen venait de finir de payer sa maison qui a coûté 600 000 yuans (95 186 $ CAN) lorsque le gouvernement lui a proposé 220 000 yuans (34 901 $ CAN) pour déménager, ce qu'il a refusé, selon le chef du village, Chen Xueacai. L'offre est depuis passée à 260 000 yuans (41 247 $ CAN).

Les urbanistes avaient décidé de déplacer le village de Xiayangzhang et ses 1600 habitants pour créer une nouveau quartier d'affaires, ainsi qu'une gare ferroviaire. La plupart des familles ont accepté l'indemnisation en 2007, selon Chen Xueacai.

«La famille de Luo Baogen n'est pas riche», a reconnu le chef du village, admettant que le citoyen ne pouvait se permettre une telle perte pour sa maison, «mais la politique est ce qu'elle est».

La nouvelle route, qui mène à la gare, est finie depuis quelques semaines, mais elle n'a toujours pas été ouverte à la circulation. Cette affaire est plutôt inhabituelle, car les autorités chinoises n'hésitent généralement pas à couper l'électricité et l'eau pour faire partir les résidants récalcitrants, voire à démolir les maisons lorsque leurs résidants s'absentent.

Luo Baogen a déclaré aux journalistes que l'eau et l'électricité n'avaient pas été interrompues et que sa femme et lui dormaient dans des parties séparées de la maison, pour s'assurer que les autorités n'en détruisent pas une partie durant leur sommeil.

Le chef adjoint du village, Luo Xuehua, a dit espérer que Luo Baogen trouve rapidement un accord avec le gouvernement, tout en estimant que les demandes du propriétaire étaient irréalistes. «Nous ne pouvons pas juste lui donner ce qu'il veut», a dit Luo Xuehua. «C'est impossible.»