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23/11/2012 12:05 EST | Actualisé 23/01/2013 05:12 EST

Au Caire, les "Morsi on t'aime" répondent aux "Morsi dictateur"

Les slogans "Morsi on t'aime" et "Morsi dictateur" ont fusé vendredi à quelques kilomètres de distance dans les rues du Caire, où début 2011 une foule scandait à l'unisson "Moubarak, dégage".

Reflétant une opinion profondément divisée, des milliers de partisans du président islamiste Mohamed Morsi ont acclamé leur héros devant le palais présidentiel dans le quartier d'Héliopolis, tandis que les opposants se rassemblaient sur la place Tahrir, haut lieu de la révolte de l'année dernière.

"Les décisions de Morsi sont définitivement révolutionnaires et découlent de sa légitimité" acquise dans les urnes en juin, estime Mostafa Chehata, un enseignant venu applaudir le président islamiste, qui a promis à la foule que le pays était sur la voie de "la liberté et la démocratie".

"Le problème, c'est que beaucoup de gens ne veulent tout simplement pas d'un président qui viennent des Frères musulmans", assure-t-il.

"Morsi n'est pas du tout un dictateur", lance Mostafa Ammar, un bijoutier de 37 ans, réfutant les arguments de ceux qui le dépeignent comme un "pharaon" après l'annonce jeudi d'une nouvelle extension de ses pouvoirs, en particulier face au pouvoir judiciaire.

"Le président a limogé le procureur général corrompu, de quoi les gens se plaignent-ils?", ajoute Mohamed Chaabane, un étudiant en médecine venu de Beni Suef, au sud du Caire, en référence au puissant magistrat nommé sous Hosni Moubarak et réputé toujours proche des dirigeants déchus.

Certains manifestants portent des T-shirts à l'effigie de M. Morsi et brandissent des drapeaux égyptiens. Nombreux sont ceux qui ont été acheminés par des dizaines d'autocars spécialement affrétés, garés dans les rues voisines.

L'apparition du président sur une estrade, col ouvert, déchaîne les applaudissements. "Le peuple soutient le président", Morsi on t'aime!", lance la foule en liesse.

Les mots d'ordre sont à l'opposé place Tahrir, dans le centre-ville, où plusieurs mouvements laïques et libéraux ont appelé à manifester, ainsi que des personnalités comme l'ancien chef de la Ligue arabe Amr Moussa ou l'ancien chef de l'agence nucléaire de l'ONU Mohamed ElBaradei.

"Il n'est pas possible que la révolution qui s'est produite l'an dernier n'arrive qu'à produire un nouveau dictateur", affirme une manifestante, Nagla Samir.

"Nous descendons à nouveau dans la rue pour la liberté", souligne-t-elle.

"Mohamed Morsi se prend pour Dieu et place ses décisions au dessus de tout. Il ne se considère plus comme un humain", tempête, Ahmed al-Awady, venu manifester avec plusieurs milliers d'autres anti-Morsi.

Certains manifestants brandissent un photo-montage montrant un visage composé pour une moitié de celui de M. Moubarak, et pour l'autre moitié de celui de M. Morsi.

Dans certaines rues adjacentes, des heurts sporadiques, qui ont débuté depuis le début de la semaine, se sont poursuivis vendredi entre des groupes de jeunes et des policiers aux abords de bâtiments officiels.

Ces échauffourées ont débuté lundi soir à l'occasion du premier anniversaire d'affrontements meurtriers dans le secteur de Tahrir, entre forces de l'ordre et manifestants qui protestaient à l'époque contre le pouvoir de transition militaire.

ht-cr/vl