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21/11/2012 12:04 EST | Actualisé 21/01/2013 05:12 EST

Abbas tente de réaffirmer son leadership face à un Hamas en première ligne

Le président palestinien Mahmoud Abbas, qui apparaît marginalisé dans la confrontation entre Israël et le Hamas à Gaza, veut réaffirmer son leadership, recevant des dirigeants internationaux et répétant sa volonté d'aller à l'ONU.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton et le secrétaire général de l'ONU Ban ki-moon se sont succédé mercredi au siège de la présidence de l'Autorité palestinienne à Ramallah.

Mais avant eux, les hauts responsables régionaux impliqués dans les discussions pour une trêve, de l'Egypte au Qatar en passant par la Turquie, n'étaient pas passés par Ramallah et se sont rendus directement à Gaza.

Interrogé mercredi sur l'effacement de l'Autorité palestinienne dans cette crise, M. Abbas, président de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), reconnue internationalement comme unique représentant légitime des Palestiniens, a martelé qu'il était "le leader de tous les Palestiniens".

"Je suis responsable de tous les Palestiniens, y compris de ceux qui appartiennent au Hamas, au Jihad islamique et à d'autres groupes", a martelé M. Abbas, dont l'autorité ne s'exerce plus sur Gaza depuis que le Hamas en a pris le contrôle en 2007.

"Le rôle de l'Autorité palestinienne est marginalisé", juge l'analyste palestinien Khalil Chahine. "Ceux qui sont sur le devant de la scène, ce sont le Hamas et le Jihad islamique, et ce sont eux qui sont impliqués dans les négociations au Caire. L'Autorité palestinienne n'a pas été invitée, et il est trop tard maintenant pour qu'elle joue un rôle dans la crise actuelle", estime-t-il.

"Diplomatiquement, on se doit d'aller à Ramallah, mais ce n'est pas là que ça se joue", résume cruellement un responsable européen.

En Cisjordanie, sous le contrôle du Fatah --le parti dirigeant de l'Autorité palestinienne-- les manifestations de solidarité avec Gaza se multiplient. Et même si, selon un jeune de Ramallah, il s'agit de "solidarité avec la population sous les bombes, pas avec le Hamas", les slogans radicaux se font de plus en plus entendre.

"Ya Qassam (branche armée du Hamas, NDLR), frappe, frappe Tel-Aviv !" est le refrain d'un tube composé par deux Palestiniens de Cisjordanie après la chute du premier projectile dans la région de Tel-Aviv, le 15 novembre.

Et le discours modéré du président palestinien semble perdre du poids à mesure que se poursuivent les hostilités et qu'augmente le nombre de morts.

"C'est la voix des fusils qui imposera la négociation, car la négociation appartient à celui qui est fort", estime Naël Saleh Barghouthi, un des prisonniers palestiniens libérés en 2011 par Israël en échange du soldat Gilad Shalit, captif du Hamas.

"La confrontation est nécessaire. Je n'aime pas le Hamas, mais c'est malheureusement notre seul capital actuellement", renchérit Abdallah Jeradat, un ingénieur de Ramallah.

Face à la "résistance" incarnée par le Hamas et les groupes armés palestiniens, le président Abbas insiste sur sa carte diplomatique, qu'il jouera le 29 novembre à New York: la demande à l'Assemblée générale de l'ONU d'un statut d'Etat non membre pour la Palestine, qui lui permettrait notamment de saisir la Cour pénale internationale (CPI).

Selon tous les sondages, une majorité de Palestiniens soutient l'initiative de M. Abbas. Mais dans la rue, les avis sont parfois plus nuancés.

"Nous n'avons rien contre cette initiative, il faut frapper à toutes les portes. Et si M. Abbas peut faire la paix sans violence, très bien. Mais je ne sais pas comment il va jouer cette carte", estime Imen Nafa, une fonctionnaire de l'Autorité.

Pour Khalil Chahine, "les Palestiniens sont prêts à payer le prix, à se sacrifier pour obtenir leurs droits, c'est ce qu'ils font à Gaza. Ils sont prêts aussi à soutenir une initiative diplomatique, mais cela doit en valoir la peine" dans leur vie quotidienne.

cf/agr/sst/hj