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20/11/2012 09:32 EST | Actualisé 20/01/2013 05:12 EST

République démocratique du Congo : les rebelles contrôlent Goma

Un groupe rebelle soupçonné d'être appuyé par le Rwanda a pris le contrôle mardi de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). La prise de cette ville d'un million d'habitants, dotée d'un aéroport international, menace de provoquer une nouvelle guerre régionale.

Des explosions et des tirs de mitrailleuses ont été entendus mardi dans la ville, alors que les rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23) progressaient sur deux fronts : vers le centre-ville et vers la route qui mène à Bukavu, une autre capitale provinciale située plus au sud.

Des civils ont couru dans les rues pour se protéger des tirs et des enfants pris de panique criaient.

Des milliers de résidents de la ville se sont enfuis de l'autre côté de la frontière, au Rwanda, dont le gouvernement est accusé de fournir des armes et des combattants aux rebelles du M23.

Les tirs ont cessé en début d'après-midi. Des soldats du M23 ont parcouru sans difficulté les boulevards défoncés de la ville. De hauts commandants du groupe rebelle, accusés de graves crimes par l'ONU, ont défilé à bord de véhicules tout-terrain, saluant les milliers de personnes sorties de leurs maisons barricadées pour les voir.

Pas d'intervention de la MONUSCO

Les Casques bleus de la mission de l'ONU, connue sous l'acronyme de MONUSCO, n'ont pas aidé les forces congolaises lors de la bataille de mardi, parce qu'ils n'ont pas le mandat d'engager des combats contre les rebelles, a indiqué un porte-parole de l'armée congolaise, Olivier Hamuli, qui a exprimé sa frustration face à l'inaction des Casques bleus.

« La MONUSCO reste sur ses positions défensives. Elle n'a pas le mandat de combattre le M23. Malheureusement, le M23 n'a pas obéi aux avertissements de la MONUSCO et a franchi ses positions (à l'aéroport). Nous demandons à la MONUSCO d'en faire plus », a-t-il dit.

Un porte-parole des Nations unies à New York a indiqué que les quelque 1500 casques bleus déployés à Goma avaient évité de tirer pour ne pas déclencher un affrontement. Les Casques bleus « ne peuvent se substituer aux efforts des forces nationales » congolaises, a déclaré le porte-parole, Eduardo del Buey.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a estimé mardi que le mandat de la force de l'ONU au Congo devait être revu. Il a jugé « absurde » que l'ONU dispose de 17 000 Casques bleus dans tout le Congo, mais que ceux-ci n'aient pas été en mesure d'arrêter « quelques centaines d'hommes » à Goma.

M. Fabius a aussi estimé qu'un rapprochement entre les gouvernements de la RDC et du Rwanda était essentiel pour résoudre la crise. Il a indiqué qu'il était en contact avec des responsables des deux pays.

Les rebelles du M23 seraient soutenus par le Rwanda, et dans une moindre mesure par l'Ouganda, deux pays accusés de fournir des armes sophistiquées aux rebelles, dont des lunettes de vision nocturne et des mortiers 120 mm.

Vendredi, un groupe d'experts de l'ONU doit remettre son rapport final sur le M23, qui détaille le rôle des pays voisins dans le recrutement, le financement et l'armement du mouvement rebelle, créé en avril.

Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir les rebelles

Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a déclaré mardi que des soldats rwandais étaient entrés à Goma en passant par des sentiers autour du volcan qui se dresse entre les deux pays.

« Goma est en voie d'être occupée par le Rwanda », a déclaré M. Mende à Kinshasa, la capitale de la RDC, située à plusieurs centaines de kilomètres de Goma. « Nous avons des gens qui ont vu l'armée rwandaise traverser notre frontière au volcan Nyamuragira. Ils occupent l'aéroport et ils tirent dans la ville. Notre armée tente de riposter, mais cela représente un énorme problème pour eux, puisqu'il s'agit d'un centre urbain où vivent des centaines de milliers de personnes », a-t-il dit.

Un colonel de l'armée congolaise, qui était sur la ligne de front de Goma avant l'entrée des rebelles dans la ville, a déclaré que les soldats qu'il avait vus étaient rwandais. Mais cette allégation et celle de M. Mende n'ont pas pu être confirmées de source indépendante.

Le président de la RDC, Joseph Kabila, s'est rendu en Ouganda mardi pour des discussions avec le président Yoweri Mussevini, a confirmé un porte-parole du gouvernement ougandais. Ce responsable, joint à Kampala, a réclamé l'anonymat parce qu'il n'était pas autorisé à divulguer l'information.

Associated Press