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20/11/2012 02:30 EST | Actualisé 19/01/2013 05:12 EST

Pakistan : abandon des charges contre une jeune chrétienne accusée de blasphème

La justice pakistanaise a abandonné les charges qui pesaient contre Rimsha Masih, une jeune chrétienne accusée d'avoir profané le Coran et dont l'affaire avait fait grand bruit dans le pays et la communauté internationale.

Le tribunal d'Islamabad a décidé « une fin de non-recevoir » concernant les accusations qui pesaient contre Rimsha, a déclaré l'un de ses avocats, Akmal Bhatti. Le ministre pakistanais de l'Harmonie nationale, Paul Bhatti, a confirmé l'abandon des charges dans le dossier.

Rimsha Masih, une jeune fille illettrée de 11 à 14 ans, selon les sources, avait été arrêtée à la mi-août après que des voisins l'eurent accusée d'avoir brûlé des pages du Coran. Un crime pour lequel elle risquait la peine de mort au Pakistan en vertu de la loi sur le blasphème.

Lors de l'enquête, les soupçons de la police se sont cependant tournés vers l'imam de la mosquée voisine, Khalid Jadoon Chishti.

Ce dernier est soupçonné sur la base de plusieurs témoignages d'avoir lui-même déchiré des pages du livre saint et d'avoir placé les morceaux dans un sac de la fillette contenant des papiers brûlés, afin « d'expulser » les chrétiens de ce quartier périphérique de la capitale, Islamabad.

L'imam a été arrêté et demeure détenu en attendant la suite des procédures judiciaires qui pourraient être entreprises contre lui.Quant à la jeune fille originaire du village de Mehrabadi, elle a pu être libérée en septembre dernier en échange d'une caution de 1 million de roupies (environ 10 000 $).

Bien qu'elle ait été disculpée, l'enfant ne pourra probablement pas retourner dans son village, où elle risque d'importantes représailles de la population locale, car il est fréquent au Pakistan que des personnes accusées de blasphème soient lynchées par la foule, et ce, même si elles ont été déclarées innocentes par la justice

Le cas de Rimsha Masih a eu de nombreux échos dans la communauté internationale, où les groupes de défense des droits de la personne dénoncent les lois pakistanaises qui condamnent tout propos ou acte contre l'islam ou le prophète Mahomet.

Les détracteurs de cette loi jugent que sa terminologie vague encourage tous les abus et alimente la discrimination contre les minorités religieuses, particulièrement contre les chrétiens qui sont régulièrement l'objet de telles accusations dans le pays.

En mars 2011, le ministre des Minorités religieuses du Pakistan, Shahbaz Bhatti, a été assassiné pour avoir réclamé l'abolition de cette loi qui prévoit la peine de mort pour ceux et celles qui blasphèment contre le Coran, l'islam ou son prophète.

Les chrétiens, qui représentent moins de 2 % des quelque 170 millions de Pakistanais, sont régulièrement l'objet de violences, d'attentats ou d'accusations de blasphème.