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20/11/2012 10:54 EST | Actualisé 20/01/2013 05:12 EST

Lourde perte chez HP, victime des fraudes d'une société juste rachetée

Hewlett Packard a de nouveau choqué le marché mardi en annonçant qu'en plus des coûts de sa restructuration, il devait payer une note pour des fraudes commises par une société qu'il vient de racheter et sur lesquelles il a demandé des enquêtes.

Le groupe informatique américain a chiffré mardi à 8,8 milliards de dollars les pertes de valeur comptable liées à l'achat l'an dernier de l'éditeur britannique de logiciels Autonomy, après une offre publique d'achat de 10,24 milliards de dollars.

HP a dénoncé "un effort délibéré (...) pour gonfler les données financières de l'entreprise afin d'induire en erreur les investisseurs et les acheteurs potentiels", estimant que cela a "gravement nui" à son évaluation de l'achat.

Il a demandé au gendarme boursier américain, la Commission des opérations de Bourse (SEC), ainsi qu'au Serious Fraud Office (Office des fraudes graves) britannique, "d'ouvrir des enquêtes criminelles et civiles", a indiqué sa directrice générale, Meg Whitman, lors d'une conférence avec des analystes.

HP compte aussi "demander des dédommagements contre différentes parties devant les tribunaux appropriés, afin de récupérer ce que nous pouvons pour nos actionnaires", a-t-elle ajouté.

L'ardoise est en effet très lourde pour HP, qui subit aussi cette année les frais d'une restructuration passant par 29.000 suppressions d'emplois. Sur l'exercice annuel clos fin octobre, sa perte nette atteint le niveau spectaculaire de 12,65 milliards de dollars, dont environ la moitié au quatrième trimestre, où a été passée la charge liée à Autonomy.

La dérouillée est également sévère à Wall Street, où l'action HP, au plus bas depuis dix ans, plongeait mardi de 11,58% à 11,76 dollars vers 15H20 GMT.

L'achat d'Autonomy avait été décidé par le précédent directeur général de HP, le controversé Leo Apotheker, qui n'était resté en fonctions que onze mois avant d'être remplacé par Mme Whitman fin septembre 2011. L'opération n'avait pas été remise en cause par la nouvelle direction.

"Nous nous en voulons terriblement" pour cette affaire, a reconnu mardi Mme Whitman. Elle a toutefois souligné que HP avait "fait confiance à des données financières auditées". Les comptes d'Autonomy avaient été validés par le cabinet Deloitte, et examinés avant l'achat par un autre cabinet réputé KPMG.

"Aucun d'entre eux n'a vu ce que nous voyons maintenant", et les faits n'ont été découverts qu'après une enquête interne de HP, déclenchée après qu'un membre de la direction d'Autonomy eut vendu la mèche, a détaillé Mme Whitman.

Elle a malgré tout réaffirmé être "engagée à 100% pour Autonomy", qui devrait "jouer un rôle important dans notre stratégie de croissance à long terme".

L'acquisition fait partie des efforts de HP pour se renforcer dans les services informatiques, avec l'espoir de compenser les difficultés rencontrées actuellement sur le marché des ordinateurs classiques.

HP, qui bataille avec le chinois Lenovo pour la place de premier fabricant mondial de PC, est touché de plein fouet par le recul des ventes de ces appareils, handicapées par une conjoncture économique morose et la concurrence des tablettes ou smartphones.

HP a vu son chiffre d'affaires annuel reculer plus que prévu, de 5% à 120,4 milliards de dollars. Ses ventes d'ordinateurs ont plongé de 12% au quatrième trimestre.

HP a déjà prévenu qu'il ne toucherait le fond que l'année prochaine, où son bénéfice par action hors exceptionnels devrait encore chuter.

Les ventes de fin d'année s'annoncent particulièrement décevantes, HP tablant sur le trimestre concerné sur un bénéfice par action de seulement 34 à 37 cents, nettement en dessous des attentes du marché (86 cents).

soe/sl/are