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20/11/2012 03:47 EST | Actualisé 20/01/2013 05:12 EST

Lourde perte chez HP, qui se dit victime des fraudes d'une nouvelle filiale

La série noire continue pour Hewlett Packard: déjà plombé par une dure restructuration, le groupe informatique américain voit ses pertes encore creusées par une entreprise rachetée l'an passé et qu'il a accusée mardi de l'avoir trompé avec des comptes frauduleux.

HP a dévoilé mardi une charge exceptionnelle de 8,8 milliards de dollars, couvrant des pertes liées essentiellement à l'éditeur britannique de logiciels Autonomy, sur lequel il avait mené il y a un an une offre publique d'achat de 10,24 milliards de dollars.

La directrice financière, Cathie Lesjak, a précisé que c'était dû "pour plus de 5 milliards" à des problèmes dans les comptes d'Autonomy, HP dénonçant "un effort délibéré (...) pour gonfler les données financières de l'entreprise afin d'induire en erreur les investisseurs et les acheteurs potentiels".

Le fondateur et ex-patron d'Autonomy, Mike Lynch, a démenti ces accusations "totalement et absolument fausses", évoquant des chiffres "fous", dans un entretien au Wall Street Journal. Il dit avoir été "pris en embuscade" par HP, relevant que l'affaire "semble coïncider avec la publication des plus mauvais résultats des 70 ans de l'histoire" du groupe informatique.

La mésaventure Autonomy, ajoutée aux frais d'une lourde restructuration passant par 29.000 suppressions d'emplois, a débouché pour le groupe américain sur une perte nette spectaculaire de 12,65 milliards de dollars pour l'exercice annuel clos fin octobre, selon des résultats publiés parallèlement mardi.

La dérouillée est également sévère à Wall Street, où l'action HP, au plus bas depuis dix ans, plongeait encore de 11,90% à 11,72 dollars vers 20H30 GMT.

HP a réclamé des enquêtes de la Commission des opérations de Bourse (SEC) américaine et de l'Office des fraudes graves (SFO) britannique. Aucun des deux organismes n'a voulu faire de commentaire.

Le groupe va aussi tenter devant les tribunaux "de récupérer ce que nous pouvons pour nos actionnaires", a affirmé sa directrice générale, Meg Whitman.

L'achat d'Autonomy était une décision de son prédécesseur, le controversé Leo Apotheker, resté en poste seulement onze mois et qui s'est dit mardi "stupéfait et déçu".

M. Apotheker a assuré que la procédure d'examen des comptes d'Autonomy avait été "méticuleuse et approfondie", rappelant qu'elle avait "impliqué deux des plus grandes et plus respectées sociétés d'audit dans le monde".

HP a "fait confiance à des données financières auditées", a aussi indiqué Mme Whitman. Les cabinets Deloitte et KPMG les ont vérifiées, et "aucun d'entre eux n'a vu ce que nous voyons maintenant", a-t-elle ajouté, révélant que c'était un membre de la direction d'Autonomy qui avait vendu la mèche en mai, poussant HP à lancer une enquête interne.

"Nous nous en voulons terriblement" pour cette affaire, a reconnu Mme Whitman, sans toutefois remettre en question l'achat d'Autonomy, derrière laquelle elle a réaffirmé son engagement "à 100%".

"Autonomy aura un rôle important dans notre stratégie de croissance à long terme", a-t-elle assuré. Son intégration fait partie des efforts de HP pour se renforcer dans les services informatiques, afin de compenser les difficultés rencontrés dans les ordinateurs, dont ses ventes ont chuté de 12% durant le trimestre clos fin octobre.

Le marché des PC, dont HP revendique toujours le premier rang mondial même s'il est contesté par le chinois Lenovo, souffre de la conjoncture économique et de la concurrence des tablettes ou des smartphones. Cela a pesé sur le chiffre d'affaires annuel de HP, en baisse de 5% à 120,4 milliards de dollars.

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