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20/11/2012 10:02 EST | Actualisé 20/01/2013 05:12 EST

Les résultats de HP sont plombés par une dépréciation de 8,8 milliards $ US

NEW YORK, États-Unis - Hewlett-Packard a indiqué mardi avoir été victime d'une fraude de plus de cinq milliards $ US, affirmant qu'une compagnie britannique qu'elle a racheté l'an dernier avait menti au sujet de ses finances.

La chef de la direction de HP, Meg Whitman, accuse les dirigeants d'Autonomy Corporation PLC d'avoir «volontairement» gonflé les chiffres de la société par l'entremise de diverses astuces comptables, qui ont convaincu HP d'allonger 9,7 milliards $ US pour la racheter en octobre 2011.

L'ex-chef de la direction d'Autonomy rétorque pour sa part que les allégations de HP sont fausses.

HP a maintenant inscrit une charge de 8,8 milliards $ US à ses plus récents résultats, pour réaligner la valeur comptable d'Autonomy avec sa valeur réelle. Plus de cinq milliards $ US de cette dépréciation sont attribuables à la comptabilité fictive, a précisé HP.

La révélation de la comptabilité fictive chez Autonomy constitue un nouveau revers pour HP, qui éprouve des difficultés à se réinventer dans le contexte du recul des ventes d'ordinateurs personnels et d'imprimantes. L'action de la société a chuté mardi matin à un creux de 10 ans.

Entre autres choses, Autonomy produit des moteurs de recherche qui aident les sociétés à trouver certaines informations importantes à travers leurs réseaux informatiques. HP avait fait l'acquisition d'Autonomy dans l'espoir de solidifier son portefeuille de produits de grande valeur et de services aux entreprises et aux agences gouvernementales.

Moins rentable que prévu

Le rachat d'Autonomy a été approuvé par le prédécesseur de Mme Whitman, Leo Apotheker, mais sa clôture s'est déroulée trois semaines après l'arrivée de la nouvelle patronne. Mme Whitman était déjà membre du conseil d'administration de HP lorsque M. Apotheker a entamé le processus de rachat d'Autonomy.

Meg Whitman a précisé certaines des astuces auxquelles Autonomy aurait eu recours. La société aurait notamment inscrit la vente d'ordinateurs comme des revenus de logiciels et considéré le coût de fabrication des machines comme des dépenses de marketing. Les revenus de contrats à long terme étaient inscrits d'un coup, au début du contrat, plutôt que répartis sur leur durée.

En conséquence, Autonomy a semblé être plus rentable qu'elle ne l'était vraiment et donnait l'impression que ses activités centrales de logiciels connaissaient une croissance bien plus importante que ce n'était vraiment le cas. Ces décisions avaient apparemment été prises dans le but de rendre la société plus attrayante pour une acquisition, a jugé Mme Whitman.

Une fois la transaction complétée, les résultats d'Autonomy ont rapidement décliné. Le chef de la direction d'Autonomy, Mike Lynch, continuait à s'occuper de ses activités en tant que filiale de HP, mais Mme Whitman lui a demandé de quitter le 23 mai parce que le résultat n'était pas à la hauteur des attentes.

«J'étais loin de me douter que la situation était encore pire qu'elle ne le paraissait», a affirmé Mme Whitman.

Le cas référé à la SEC

Après le départ le M. Lynch, un haut dirigeant d'Autonomy a levé le voile sur les astuces comptables, ce qui a déclenché une enquête interne, a-t-elle indiqué.

Le cas a été référé à la Securities and Exchange Commission (la commission des valeurs mobilières des États-Unis) et au bureau britannique des crimes graves, a poursuivi Mme Whitman. HP a en outre tenté de récupérer une partie de l'argent versé pour Autonomy par l'entremise de poursuites en justice.

Dans une déclaration au Financial Times, M. Lynch a indiqué que «l'ancienne équipe de direction d'Autonomy a été choquée de voir cette déclaration aujourd'hui et rejette tout simplement ces allégations, qui sont fausses».

«Il a fallu 10 ans pour faire d'Autonomy un leader de l'industrie des technologies et il est triste de voir comment cela a été mal géré depuis son acquisition par HP», a-t-il ajouté.

Lors d'une conférence téléphonique avec Mme Whitman suivant la publication des plus récents résultats trimestriels, l'analyste Ben Reitzes, de Barclays Capital, a demandé qui serait tenu responsable de la désastreuse acquisition.

Mme Whitman a répondu que les deux dirigeants qui auraient dû être tenus responsables — M. Apotheker et le chef de la stratégie Shane Robison — avaient déjà quitté l'entreprise. Mais l'entente a aussi été approuvée, essentiellement, par le conseil d'administration actuel.

«La plus grande partie du conseil était là et a voté en faveur de l'entente, et nous nous sentons terriblement mal à ce sujet», a indiqué Mme Whitman. «Ce que je dirai, c'est que le conseil s'est fié aux états financiers révisés. Ils ont été révisés par Deloitte — pas par une firme anonyme de comptabilité, mais par Deloitte. Au cours de notre processus de vérification préalable très détaillé, nous avons embauché KPMG pour vérifier Deloitte. Et aucun des deux n'a vu ce que nous voyons maintenant, après que quelqu'un soit venu à nous pour nous mettre sur la bonne piste.»

M. Apotheker a indiqué mardi à l'Asssociated Press qu'il était «étonné et déçu» de prendre connaissance des accusations contre Autonomy et a souligné que rien n'avait pourtant été découvert par les vérificateurs et dirigeants de HP.

Deloitte UK a indiqué ne pas pouvoir commenter sur le dossier en raison des règles de confidentialité avec ses clients.

Mme Whitman a précisé qu'elle considérait toujours qu'Autonomy était un «moteur de croissance pour les logiciels de HP», mais qu'il en était un moins important que d'abord cru.

L'action de Hewlett-Packard a cédé mardi 12 pour cent à la Bourse de New York.

Bénéfice ajusté supérieur aux attentes

Pour son quatrième trimestre clos le 31 octobre, HP a affiché une perte nette de 6,85 milliards $ US, soit 3,49 $ US par action. En comparaison, elle avait réalisé un bénéfice net de 239 millions $ US, ou 12 cents US par action, pour la même période l'an dernier.

C'est la deuxième gigantesque perte de suite qu'affiche HP. Au troisième trimestre, elle a réalisé une perte nette record de 8,86 milliards $ US, soit 4,49 $ US par action. Cette contre-performance a été attribuée à une autre acquisition, celle d'Electronic Data Systems, un consultant en technologie racheté pour 13 milliards $ US en 2009. Dans ce cas, la comptabilité n'était pas à blâmer; le fruit de la transaction n'a simplement pas été à la hauteur des attentes.

En excluant les charges, HP a engrangé un bénéfice de 1,16 $ US par action au plus récent trimestre, ce qui est légèrement supérieur aux attentes des analystes, qui visaient 1,14 $ US par action, selon FactSet.

Le chiffre d'affaires de HP a atteint 30 milliards $ US, ce qui représente une baisse de sept pour cent par rapport à l'an dernier. Les analystes attendaient plutôt un chiffre d'affaires de 30,5 milliards $ US.

La société de Palo Alto, en Californie, a confirmé ses précédentes prévisions de profits pour l'exercice financier qui vient de commencer, mais a émis un avertissement pour le trimestre en cours, qui sera bien inférieur aux attentes des analystes. HP s'attend à afficher un bénéfice par action excluant les éléments non récurrents d'entre 68 et 71 cents US, tandis que les spécialistes de Wall Street misent plutôt sur un bénéfice de 85 cents US, d'après FactSet.