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20/11/2012 06:27 EST | Actualisé 20/01/2013 05:12 EST

La rébellion du M23, ou comment l'histoire se répète dans l'est du Congo

GOMA, Congo - Le Mouvement du 23-Mars, mieux connu sous le nom de M23, a réussi mardi à s'emparer de Goma, la plus grande ville de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), alors qu'il ne s'est formé qu'il y a quelques mois, menaçant la fragile stabilité du pays, voire de la région tout entière.

Le M23 est né en avril 2012, après la défection de centaines de soldats de l'armée congolaise. Ces mutins, dont la majorité appartiennent à l'ethnie tutsie, regroupent de nombreux rebelles d'une autre milice, composée d'anciens déserteurs de 1998: le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP).

En 2008, le CNDP, financièrement et militairement soutenu par le Rwanda, avait lui aussi avancé jusqu'aux portes de Goma. Alors que la milice était sur le point de prendre cette ville stratégique de plus d'un million d'habitants, le gouvernement de Kinshasa avait été forcé d'ouvrir des négociations. Un accord de paix avait finalement été signé le 23 mars 2009, aboutissant à l'intégration des rebelles au sein de l'armée nationale congolaise.

Mais en avril 2012, jusqu'à 700 ex-membres du CNDP se sont mutinés et se sont regroupés sous le nom de Mouvement du 23-Mars, accusant le gouvernement de n'avoir jamais respecté l'accord, de ne pas les payer correctement et de faire subir des discriminations systématiques aux Tutsis.

Dans les mois suivants, le M23 a pris plusieurs villes de l'est de la RDC, affirmant vouloir libérer la population de l'emprise de groupes comme le FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) hutu, qui a participé au génocide au Rwanda en 1994. Le M23 a notamment tenté de s'allier avec les Maï-Maï, sans succès.

L'avancée du M23 dans l'est de la RDC en juin et juillet a provoqué la fuite de centaines de milliers de personnes, dont plusieurs milliers vers l'Ouganda voisin. Le camp de Kanyaruchinya, près de Goma, accueille plus de 60 000 personnes. Le M23 a établi une administration parallèle dans les collines situées à 30 kilomètres de Goma, qu'elle contrôle par la terreur.

D'après le blogue de l'analyste Jason Stearns, un spécialiste du Congo et ancien membre du groupe d'experts des Nations unies sur la question, le M23 rassemble aujourd'hui de 2500 à 3000 hommes. Plusieurs membres de la milice sont visés par des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Comme le CNDP, le M23 est accusé par le gouvernement congolais et l'ONU d'être soutenu militairement par le Rwanda et l'Ouganda, ce que les deux pays nient. Le week-end dernier, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé au président rwandais, Paul Kagame, de faire pression sur les dirigeants du M23 pour arrêter leur progression.

La RDC et le Rwanda se sont déjà livré deux guerres qui ont impliqué une demi-douzaine de pays de la région. Des troupes rwandaises et ougandaises avaient notamment occupé l'est de l'ex-Zaïre de 1998 à 2002.

Après 20 ans de guerre dans l'ex-Zaïre et dans la région des Grands Lacs, l'est de la RDC n'a jamais été complètement pacifié, et on y trouve des dizaines de milices congolaises, rwandaises, ougandaises et burundaises. L'armée congolaise elle-même, mal payée, mal équipée, démoralisée et comptant seulement 150 000 hommes, est accusée de pillages et de viols de civils.

Les observateurs estiment qu'il est dans l'intérêt du Rwanda d'exercer une influence sur les zones frontalières de l'est de la RDC, où les Hutus se sont réfugiés après le génocide de 1994, afin de maintenir une zone-tampon et d'exploiter le commerce de minéraux provenant de l'est de la RDC.

La communauté internationale soupçonne le général Bosco Ntaganda, ancien chef du CNDP recherché par la Cour pénale internationale (CPI), d'avoir orchestré la mutinerie du mois d'avril et d'avoir pris la tête du M23, ce que la milice dément. Bosco Ntaganda fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la CPI pour crimes contre l'humanité, mais aussi pour des crimes de guerre tels que l'enrôlement forcé d'enfants soldats, l'esclavage sexuel, des meurtres, des viols, des persécutions et des pillages.

Ces faits datent de 2002, mais l'organisation Human Rights Watch a déclaré en mai que 149 enfants ou adolescents avaient à nouveau été enrôlés de force dans le M23 par Bosco Ntaganda durant le premier mois de la rébellion.

D'après un rapport de l'organisation Enough Project, le M23 tente par ailleurs de prendre le contrôle de la mine d'or de Rubaya, à Masisi, dans le Nord-Kivu. Cette mine faisait partie d'un vaste réseau de commerce illégal de minéraux géré par le général Bosco Ntaganda alors qu'il était encore membre de l'armée congolaise, et grâce auquel il gagne chaque année des millions de dollars.

Des analystes et experts du Congo estiment que la véritable raison de la rébellion du M23 réside dans le contrôle des vastes richesses minières de l'est de la RDC. Une bonne partie de ces richesses se concentre au Nord et au Sud-Kivu, dont Bukavu est la capitale.