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20/11/2012 07:56 EST | Actualisé 20/01/2013 05:12 EST

Enfants tués à Gaza: "Tirent-ils des roquettes?", demandent les familles

Une adolescente sur un chariot de la morgue de Gaza, une foule portant des cadavres d'enfants en criant: "Est-ce qu'ils tirent des roquettes ?" Pour les Palestiniens, les enfants tués dans les bombardements israéliens prouvent l'inanité d'une opération dont l'objectif est de lutter contre des groupes armés.

Au moins 18 enfants --sur un bilan provisoire de 116 morts-- ont été tués et des centaines d'autres blessés depuis le début mercredi des frappes israéliennes sur la bande de Gaza, selon le Centre palestinien pour les droits de l'Homme.

Parmi eux, Tasnim al-Nahal, une adolescente de 13 ans fauchée lundi par une frappe aérienne alors qu'elle jouait devant sa maison du camp de réfugiés de Chati, qui borde la Méditerranée, dans le nord de l'enclave.

Ou encore Jamal, Sara, Youssef, et Ibrahim al-Dallou, quatre enfants d'une famille de neuf personnes, annihilée dimanche lorsqu'une frappe a détruit leur maison dans un quartier du nord de la ville de Gaza.

Lors des funérailles, les cadavres des enfants avaient été enveloppés dans le drapeau national palestinien, laissant seulement leur visage découvert. Autour d'eux, d'autres gamins se pressaient pour tenter d'apercevoir les dépouilles.

Lancée il y a une semaine, l'opération israélienne "Pilier de la Défense" vise "les organisations terroristes de Gaza, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres groupes", selon l'armée. Mais les images d'enfants ensanglantés et terrifiés envoient un autre message aux Palestiniens.

Et les pertes civiles, qui augmentent inévitablement au fur et à mesure que se poursuit l'offensive, risque d'entamer le soutien américain et européen obtenu par Israël jusqu'à présent, selon des commentateurs israéliens.

Au-delà des morts et des blessés, des centaines d'enfants de Gaza souffrent de traumatisme, rappellent les psychologues: peur de l'abandon, troubles du sommeil, hyperagressivité ou problèmes de communication.

A l'instar de Mohamed Radwan, un garçon de 12 ans, qui court s'enfouir sous les coussins du canapé ou se précipite dans les bras de sa mère dès qu'il entend une déflagration.

En temps de guerre, "tout ce qui peut aider les adultes --expérience, réseaux sociaux, etc...-- ne marche pas sur les enfants", constate le psychologue Hassan Zeyada, qui travaille depuis 1991 au sein du Programme pour la santé mentale de Gaza (Gaza Community Mental Health Programme).

Avec l'opération "Pilier de la défense", beaucoup d'enfants de Gaza vivent leur deuxième guerre. En décembre 2008-janvier 2009, Israël avait lancé une offensive dévastatrice dans la bande de Gaza, l'opération "Plomb Durci", qui s'était soldée par la mort de quelque 1.400 Palestiniens, dont une majorité de civils, et des destructions massives.

"Ils vont revivre nombre de traumatismes déjà expérimentés dans un proche passé", souligne M. Zeyada.

Son programme projette de mobiliser des équipes de spécialistes pour aider psychologiquement les enfants une fois que ce cycle de violence là sera terminé.

"Mais le problème à Gaza, c'est que nous vivons en permanence à un haut niveau de stress, et que le traumatisme est continuel. Personne, évidemment, ne peut garantir que cela n'arrivera pas à nouveau", lâche-t-il.

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