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20/11/2012 04:05 EST | Actualisé 20/01/2013 05:12 EST

Commission Charbonneau: un entrepreneur décrit les menaces et le harcèlement

MONTRÉAL - Le président des Excavations Panthère, André Durocher, a affirmé à la Commission Charbonneau avoir reçu des menaces de mort, avoir vu son équipement incendié et avoir été victime d'intimidation de la part d'autres entrepreneurs en construction. Et son frère a été agressé avec un «poing américain».

«Ça a ses inconvénients de ne pas entrer dans le système de collusion. On a eu des feux dans les équipements, on a eu des menaces de mort, on a eu de l'intimidation, des voies de faits, on a eu plein d'affaires en 20 ans», a relaté l'entrepreneur, dont l'entreprise est aujourd'hui placée sous la protection de la loi sur les faillites.

À une occasion, son frère Denis est parti à bord de son véhicule. «Il a reçu un coup de poing américain et ils lui ont cassé trois os dans le visage. Il a été un an arrêté», a-t-il relaté à la commission.

Pour un appel d'offres en décembre 2008 sur la rue Chabanel, il avait voulu soumissionner, mais a dû battre en retraite.

Dès le départ, il a reçu de nombreux appels à ses bureaux et sur son téléphone portable auxquels il ne répondait pas. Ensuite, quatre hommes dans une Cadillac noire se sont présentés à ses bureaux. Deux d'entre eux sont venus lui remettre un papier avec un numéro de téléphone à composer. «T'es mieux de l'appeler», ont-ils dit. Il ne l'a pas fait. Il était prêt à déposer sa soumission.

Soudainement, le représentant de son entreprise d'assurances et cautionnement, Comerco, Pierre Papineau, est venu le voir pour lui dire: «André, on va se faire casser les jambes. Tu ne déposes pas sur Chabanel. Je t'enlève ta caution et je coupe tes assurances de tous tes équipements si tu déposes ta soumission sur Chabanel».

«Et c'est effectivement ce qui s'est passé», a rapporté l'entrepreneur.

Il n'a finalement pas déposé sa soumission, pourtant déjà glissée dans l'enveloppe, parce qu'il ne pouvait plus soumissionner sans cautionnement.

Il affirme que pour un seul appel d'offres pour lequel il n'était pas le bienvenu, il pouvait recevoir de 20 à 25 appels téléphoniques d'intimidation ou de harcèlement, généralement des messages de «se tasser», lui disant qu'il n'avait pas d'affaires là.

M. Durocher assure que lui n'a jamais voulu participer à un stratagème de collusion entre entrepreneurs, que cela était contre ses principes.

Selon lui, les entrepreneurs de la Rive-Nord de Montréal, comme lui, étaient exclus des contrats à Montréal et Laval parce qu'y sévissaient de petits groupes fermés.

Et même sur la Rive-Nord, selon lui, depuis 2002, des entrepreneurs sont attitrés à certaines villes, tout comme des firmes de génie. Et il y a des liens de proximité entre les firmes de génie et les entrepreneurs en construction, ces liens s'exprimant dans les tâches des laboratoires, dans les matériaux et dans l'exécution des travaux.

S'il n'est pas acoquiné avec une firme de génie, a-t-il expliqué, un entrepreneur se fera compliquer la vie de différentes façons par celle-ci. Elle exigera par exemple un taux de compaction du sol impossible à réaliser, ce qui ralentira ses travaux. Et si l'entrepreneur tarde trop à réaliser ses travaux, il devra payer une amende.

M. Durocher a donné l'exemple d'un contrat de 2,7 millions $ qu'il a décroché à Lachute, alors qu'un représentant d'une firme de génie lui avait rapporté qu'on lui avait dit qu'il n'était pas le bienvenu. Bien que cet ingénieur ne lui ait pas mis de bâtons dans les roues, Excavations Panthère a été confronté à toutes sortes d'embûches, qui ont ralenti son travail sur le chantier.

«Pour ce travail-là, on a eu la CSST, la Commission des transports du Québec, on a eu la Sûreté du Québec, on a eu le laboratoire sur le dos à temps plein parce qu'il était mandaté par la Ville, on a eu son inspecteur qui avait tendance à irriter mes gars tout le long de la job. Ça a été une job d'enfer», a résumé M. Durocher.

Plus tôt dans la journée, M. Papineau, de Comerco Courtage plus, n'avait pas donné la même version des faits que M. Durocher, atténuant son rôle dans l'avertissement donné à M. Durocher.

Il a toutefois confirmé qu'un de ses clients entrepreneurs, Tony Conte, de Conex Construction, lui avait demandé s'il pouvait lui dire si Excavations Panthère, aussi client de Comerco, comptait soumissionner sur le projet sur la rue Chabanel.

M. Papineau connaissait personnellement M. Durocher et a donc voulu le mettre en garde, sachant qu'un groupe fermé d'entrepreneurs sévissait à Montréal et qu'Excavations Panthère avait déjà vu de son équipement être vandalisé et incendié dans le passé. Mais il a passé sous silence le retrait du cautionnement d'Excavations Panthère, le retrait de ses assurances et la phrase qu'il aurait dite — «André, on va se faire casser les jambes».

Le témoignage de M. Durocher se poursuit mercredi.