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19/11/2012 05:12 EST | Actualisé 19/01/2013 05:12 EST

Obama félicite la Birmanie et critique le Cambodge lors d'un voyage historique

PHNOM PENH, Cambodge - Barack Obama est devenu lundi le premier président des États-Unis en exercice à se rendre en Birmanie et au Cambodge, deux pays connus pour leurs violations des droits de la personne depuis des décennies.

Ce voyage éclair du président américain en Asie du Sud-Est a permis d'illustrer les chemins différents pris par ces deux pays pour surmonter un héritage de violence, de pauvreté et de répression.

Devant une foule imposante agitant des drapeaux, Barack Obama a déclaré que son déplacement en Birmanie visait à «tendre la main de l'amitié» à un pays en mutation qui mène des réformes démocratiques. Quelques heures plus tard, il est arrivé au Cambodge, où il a critiqué en privé le bilan des droits de la personne du premier ministre du pays.

Le président Obama a été l'un des premiers dirigeants du monde à appuyer la subite transformation du régime militaire birman vers un gouvernement civil, après un demi-siècle de dictature. Il a récompensé la Birmanie pour ses efforts en allégeant les sanctions économiques, en augmentant les investissements américains dans le pays et, finalement, en s'y rendant en personne, dans une apparente volonté de montrer aux autres pays du monde les bénéfices qu'ils peuvent tirer en menant des réformes similaires.

«Vous avez entrepris un parcours qui a le potentiel d'inspirer tant de gens», a déclaré M. Obama lors d'un discours à l'université du Myanmar à Rangoon.

Les Cambodgiens font partie des peuples que le président des États-Unis espère pouvoir motiver. Des responsables de la Maison-Blanche ont indiqué que Barack Obama avait présenté la Birmanie, un ancien État paria, comme un exemple à suivre lors de sa rencontre privée de lundi soir avec le premier ministre cambodgien Hun Sen, au pouvoir depuis près de 30 ans.

Les deux dirigeants ne se sont pas adressés aux journalistes après leur rencontre. Ils ont seulement posé pour les caméras en se serrant la main sans trop d'enthousiasme.

Selon des responsables américains, le président Obama a demandé en privé à Hun Sen de libérer les prisonniers politiques, de cesser les saisies de terres et d'organiser des élections libres et justes. Des collaborateurs du président américain ont admis que la rencontre avait été tendue et que le premier ministre cambodgien avait défendu ses pratiques, tout en affirmant vouloir établir des relations plus étroites avec les États-Unis.

Des responsables de la Maison-Blanche ont insisté sur le fait que le président ne se serait pas rendu au Cambodge s'il n'y avait pas eu deux sommets régionaux auxquels les États-Unis participent, une rare réprimande d'un pays sur son propre territoire.

Les Cambodgiens ont semblé manifester la même réserve que le président américain. Seules quelques poignées de curieux se sont massés dans les rues de Phnom Penh pour observer le passage de son convoi.

Un panneau de bienvenue a accueilli Barack Obama à son arrivée au Cambodge, mais il s'adressait au premier ministre chinois Wen Jiabao, et non au président des États-Unis.

Les militants des droits de la personne craignent que parce que le président Obama a condamné en privé le régime de Hun Sen, les Cambodgiens n'en entendent jamais parler à cause de la censure gouvernementale. Ils craignent que le premier ministre cambodgien se serve de la visite du président des États-Unis pour justifier son emprise sur le pouvoir et affaiblir les groupes d'opposition.

«Si la rhétorique de Hun Sen au sujet de la visite (de Barack Obama) prend forme, cela créera la perception que les États-Unis et d'autres acteurs internationaux appuient Hun Sen et non le peuple cambodgien», a expliqué John Sifton, directeur pour l'Asie chez Human Rights Watch. «Ce serait un coup terrible pour les Cambodgiens qui contestent son règne.»

La visite de Barack Obama en Birmanie a aussi attiré les critiques de certaines organisations internationales, qui jugent cette visite prématurée dans un pays qui compte encore des prisonniers politiques et qui est incapable de contenir les violences intercommunautaires.

Bien conscient de ces critiques, le président américain a tempéré certains de ses commentaires lors de sa visite de six heures en Birmanie. Il a déclaré que les réformes adoptées au cours de la dernière année n'étaient «que le premier pas de ce qui sera un long parcours».

Barack Obama a rencontré la chef de file de l'opposition birmane, Aung San Suu Kyi, dans la maison où elle a été assignée à résidence pendant plusieurs années. Le président américain a également rencontré le président birman Thein Sein, qui a entamé d'importantes réformes dans le pays.

Certains défenseurs des droits de la personne ont estimé que le gouvernement birman n'avait pas fait suffisamment d'efforts pour mériter la visite personnelle de Barack Obama.

«Il ne s'agit pas d'une approbation du gouvernement birman», avait précisé le président lors de sa visite en Thaïlande dimanche. «C'est une reconnaissance du processus en cours dans ce pays, que personne n'avait prévu même il y a un an et demi, deux ans.»