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19/11/2012 02:53 EST | Actualisé 19/01/2013 05:12 EST

Les abus de l'armée ivoirienne critiqués dans un rapport de HRW

ABIDJAN, Côte d’Ivoire - L'armée de Côte d'Ivoire s'est livrée en août et en septembre à des arrestations arbitraires, à des détentions illégales, à des actes d'extorsion, à des traitements inhumains et, dans certains cas, à des actes de torture, en réponse à des attaques contre des installations militaires imputées à des fidèles de l'ancien président Laurent Gbagbo, affirme l'organisation Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié lundi.

HRW décrit sur 73 pages comment les victimes ont été arrêtées à chez elles, sur leur lieu de travail ou dans un café, et emmenées sans explication dans des camps militaires surpeuplés. Là, elles ont été privées de nourriture, rouées de coups de ceinture, de massue ou d'arme à feu et n'ont été relâchées que si leur famille pouvait verser une rançon substantielle.

«Les menaces sécuritaires auxquelles la Côte d'Ivoire est confrontée sont réelles, mais les abus généralisés perpétrés par les militaires ne font que les aggraver plutôt que d'y mettre un terme», a déclaré Corinne Dufka, chercheuse sur l'Afrique de l'Ouest chez HRW. «Le gouvernement devrait rapidement faire preuve de sa détermination à traduire en justice les soldats responsables d'actes de torture, de traitements inhumains et d'exactions.»

Depuis le début du mois d'août, des hommes armés ont mené une dizaine d'attaques contre des positions militaires à travers le pays, faisant craindre un regain d'instabilité, alors que la Côte d'Ivoire s'efforce de tourner la page des violences post-électorales de l'an dernier.

Après sa défaite à l'élection présidentielle de novembre 2010, Laurent Gbagbo avait refusé de céder le pouvoir à Alassane Ouattara, provoquant plus de six mois d'affrontements durant lesquels près de 3000 personnes ont été tuées. Laurent Gbagbo a été arrêté en avril 2011 et transféré à la Cour pénale internationale, à La Haye.

Le gouvernement ivoirien a imputé les attaques des derniers mois à des alliés de Laurent Gbagbo en exil au Ghana et au Liberia, ce que HRW estime «crédible». Mais l'organisation accuse les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) d'avoir riposté en arrêtant des centaines de personnes présumées être des partisans de Gbagbo «essentiellement sur la base de leur ethnicité et leur lieu de résidence».

Human Rights Watch s'est intéressé à trois lieux de détention contrôlés par les FRCI: le camp de la police militaire d'Adjamé, le camp de la brigade antiémeute à Yopougon et le camp militaire de Dabou, une ville située à 40 kilomètres à l'ouest d'Abidjan qui a été le théâtre d'une attaque contre l'armée le 15 août.

Le rapport s'appuie sur une mission de trois semaines menée à Abidjan entre la fin du mois d'août et le début du mois de septembre, au plus fort de la répression militaire. L'organisation a interrogé 39 personnes qui ont été arrêtées et détenues après les attaques d'août, ainsi que 14 témoins d'arrestations massives, de passages à tabac et d'autres exactions. HRW s'est également entretenu avec de nombreuses autres sources civiles, gouvernementales, humanitaires et diplomatiques.