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19/11/2012 11:13 EST | Actualisé 19/01/2013 05:12 EST

La nouvelle coalition de l'opposition syrienne ébranlée par les islamistes

La Coalition de l'opposition syrienne, annoncée en fanfare à Doha et reconnue comme "l'unique représentant légitime" de la Syrie par le Golfe, la Turquie et la France, a été ébranlée lundi par le refus des islamistes radicaux de la rejoindre, estiment des experts.

L'annonce par une quinzaine de groupes islamistes armés, notamment les deux plus importants, Liwaa al-Tawhid et le Front al-Nosra, de leur rejet de la Coalition et de leur ambition d'instaurer un Etat islamique, pourrait, selon eux, gêner les démarches de la coalition en vue d'obtenir des armes.

"Nous, factions combattantes sur le terrain de la ville d'Alep et de sa province, annonçons notre rejet du complot représenté par ce qu'on appelle la Coalition nationale, et nous sommes mis d'accord à l'unanimité sur l'instauration d'un Etat islamique juste", affirment ces groupes via un texte lu par un homme et enregistré par vidéo.

Liwaa al-Tawhid, au départ proche des Frères Musulmans, s'est radicalisée au fil du temps. Le Front al-Nosra appartient à la mouvance jihadiste et a revendiqué de nombreux attentats contre le régime en Syrie.

La majorité des composantes de l'opposition syrienne ont signé le 11 novembre à Doha un accord créant une "Coalition" visant à lutter de façon unifiée contre le régime de Bachar al-Assad.

Pour Hilal Khachan, professeur de Sciences politiques à l'Université américaine de Beyrouth (AUB), la décision des groupes radicaux "est un grand coup porté à la coalition".

En effet, elle met en évidence que la coalition, censée chapeauter l'ensemble de l'opposition syrienne, est loin d'avoir l'autorité sur tous les mouvements luttant contre le régime sur le terrain, et notamment sur les groupes armés les plus déterminés.

Cependant, pour cet universitaire, "cela n'aura pas un grand impact sur la question de l'armement, car si les Occidentaux veulent vraiment faciliter l'emergence d'une coalition libérale et nationaliste, ils doivent armer les groupes laïques pour faire un contre-poids aux islamistes".

Parmi les organisations rejetant la coalition se trouvent les groupes combattants les plus important dans le nord de la Syrie, qui est quasiment entièrement aux mains des rebelles. Dans cette partie du pays, les jihadistes sont devenus la première force d'opposition armée.

Mais un dirigeant local de l'Armée syrienne libre (ASL) a souligné que ce rejet n'était pas partagé par l'ASL, principale force d'opposition armée à l'échelle du pays, formée de civils et de déserteurs.

"Ce n'est pas toute la force militaire à Alep qui s'exprime" mais seulement "une partie des factions militaires sur le terrain", a déclaré à l'AFP le colonel rebelle Abdel Jabbar al-Okaïdi, chef du conseil militaire de l'ASL pour la région d'Alep.

"Le Conseil militaire a annoncé son soutien à la Coalition et nous allons collaborer avec eux", a-t-il ajouté.

Pour l'expert du mouvement islamiste, François Burgat, "si ce communiqué était confirmé, la fuite en avant éradicatrice du régime syrien fait que ce sont les combattants les plus déterminés qui prennent le devant de la scène armée", tels que le Front al-Nosra.

"La présence de cette frange radicale ne permet pourtant pas de préjuger de l'équilibre politique ultime des forces combattantes: le +Front+ est apprécié comme un fer de lance armé et non point comme un leader idéologique", estime le politologue basé à Beyrouth.

Cependant, cela "risque paradoxalement de freiner les partisans de la levée de l'embargo sur les armes, alors que précisément seule cette mesure pourrait crédibiliser réellement la Coalition et accélérer le recentrage politique des groupes armés", ajoute-t-il.

Interrogé sur les conséquences de cette division sur des livraisons d'armes à la rébellion, Thomas Pierret, maître de conférence à l'université d'Edimburg, estime les Occidentaux "posent le problème à l'envers en séparant la question de la représentativité de celle des ressources: ils attendent que la Coalition fasse ses preuves avant de l'aider".

"Or, de telles organisations ne peuvent devenir crédibles que si elles ont des ressources à redistribuer, et ces ressources, elles doivent d'abord les obtenir d'Etats étrangers. C'est un B.A.-ba de la politique internationale que les Occidentaux font mine d'ignorer", ajoute-t-il.

Une réunion des chefs de la diplomatie de l'UE est prévue pour lundi à Bruxelles où devrait être posée la question de l'embargo européen sur les armes, qui interdit toute livraison à l'opposition comme au régime.

bur-sk/cnp