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17/11/2012 04:56 EST | Actualisé 17/01/2013 05:12 EST

Jordanie: l'État défend les hausses de prix de l'essence et du gaz

AMMAN, Jordanie - Le premier ministre jordanien Abdullah Ensour a défendu sa décision d'augmenter les prix du carburant subventionné, vendredi, quatre jours après que le geste eut provoqué des émeutes ayant fait un mort et de nombreux blessés.

Des manifestations organisées partout au pays ayant eu en commun le fait rare d'en appeler à la destitution du roi sont devenues inhabituellement violentes, cette semaine, menaçant la stabilité chez ce proche allié des États-Unis. Une personne a été tuée et 75 autres blessées lors des heurts, y compris 58 policiers.

Selon M. Ensour, l'état précaire des finances publiques l'a forcé à augmenter les prix du gaz pour le chauffage et la cuisson de 54 pour cent, et jusqu'à 28 pour cent pour certains dérivés du pétrole. Aux dires de M. Ensour, il s'agit d'un geste sensé pour empêcher l'économie jordanienne de se détériorer davantage.

Lorsqu'il est entré en poste le mois dernier, il a découvert que les réserves de devises étrangères avaient fondu de moitié cette année, pour s'établir à 10 milliards $ US, alors que les taux de chômage et de pauvreté atteignaient des niveaux alarmants.

La hausse des prix des carburants a également ajouté à la situation délicate, en plus des pertes subies dans le cadre du programme de subventions, un manque de dons des pays pétroliers du Golfe, ainsi que des problèmes dans la distribution de gaz égyptien abordable utilisé pour produire de l'électricité. Au final, le déficit budgétaire a bondi pour atteindre un nouveau record de 3 milliards $, et les dettes ont gonflé de 20 pour cent cette année, a dit le premier ministre.

Selon ce dernier, il s'agissait d'une décision difficile, mais nécessaire. L'homme est un économiste renommé et un ex-législateur qui a présidé le comité des finances du Parlement.

Aux yeux de M. Ensour, l'élimination de la quasi-totalité des subventions étatiques pour le carburant et le gaz épargnerait des pertes supplémentaires au gouvernement si les prix du pétrole continuaient de grimper, et pourrait générer des fonds qui pourraient être transférés dans les secteurs économiques les plus en manque.

Il a assuré que les Jordaniens disposant de faibles revenus recevraient une compensation de 600 $ US par année, sur la base d'une famille de six.

D'autres mesures d'austérité seront mises en place, a-t-il ajouté, incluant la fusion de ministères et d'institutions semi-indépendantes. La décision de hausser les prix est «irréversible», a-t-il dit.

Les décisions économiques jordaniennes ont été saluées lors d'un appel téléphonique, vendredi, entre la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton au roi jordanien Abdullah II. Une porte-parole a indiqué que Mme Clinton avait félicité le gouvernement jordanien pour avoir tenté de s'attaquer aux défis économiques du pays et pour son engagement à effectuer des réformes politiques.

La Jordanie a jusqu'à maintenant résisté à près de deux ans de révolte dans le monde arabe, lors desquels des dictateurs de longue date ont été renversés en Égypte, en Libye, au Yémen et en Tunisie. Ses propres manifestations appelant à des réformes politiques sont demeurées majoritairement pacifiques.

Peu après que M. Ensour eut annoncé la hausse des prix, mardi, des milliers de personnes sont descendues dans la rue, lançant des pierres sur les autorités et incendiant des voitures de polices, des bureaux gouvernementaux et des banques privées lors des plus importantes et plus longues émeutes ayant frappé le pays depuis le début du soulèvement régional.

Selon la police des «bandits» ayant des dossiers criminels ont profité du désordre pour cambrioler des banques et des maisons, attaquer des postes de police, des tribunaux et d'autres bâtiments gouvernementaux, en plus de voler des voitures. Au moins 157 personnes ont été arrêtées depuis mardi.

La Jordanie a été le lieu de fréquentes mais petites manifestations anti-gouvernementales au cours des 23 derniers mois, mais celles de cette semaine ont mené à un changement de cible, du gouvernement au roi. Jusqu'à maintenant, Abdullah a largement gardé le contrôle, entre autres en transférant certains de ses pouvoirs au Parlement et en amendant plusieurs lois garantissant de plus importantes libertés publiques.

Aucune manifestation n'a eu lieu samedi, mais les syndicats envisagent de déclencher une grève dimanche.