NOUVELLES
16/11/2012 11:29 EST | Actualisé 16/01/2013 05:12 EST

Mort d'un détenu islamiste en Tunisie: une enquête ouverte (ministre)

Une enquête a été ouverte après la mort d'un détenu islamiste en grève de la faim, a annoncé vendredi le ministre tunisien de la Justice alors qu'un deuxième militant salafiste présumé est dans un état "extrêmement critique", selon le ministère de la Santé.

"A travers l'enquête, on aboutira à dévoiler les raisons de cette mort", a déclaré le ministre de la Santé, Noureddine Bhiri, à la radio Shems-FM.

Le défunt, Bechir Gholli, arrêté fin septembre dans le cadre de l'enquête sur l'attaque de l'ambassade américaine, avait refusé de s'alimenter malgré les demandes répétées des autorités "de sa famille et de son avocat", a-t-il ajouté.

Le ministre a aussi évoqué le cas du deuxième gréviste de la faim, Mohamed Bakhti, qui ne s'alimente plus depuis près deux mois, assurant qu'il était "à la charge de sa famille et non de la prison", la justice ayant prononcé le 11 novembre la fin de sa détention provisoire.

"Son état s'est dégradé après sa remise en liberté", a affirmé M. Bhiri.

L'avocat des deux hommes, Abdelbasset Ben Mbarek, a pour sa part déclaré à l'AFP que les autorités avaient "pris la décision de libérer (Bakhti) car ils savent qu'il va mourir".

Selon Me Mbarek, M. Bakhti, une figure de la mouvance jihadiste, est dans un état désespéré, et il est même possible qu'il soit déjà décédé.

"Peut-être que les autorités retardent l'annonce de la mort pour des raisons sécuritaires ou politiques", a-t-il dit, alors que le vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire, a été privilégié par le passé par les islamistes radicaux pour organiser des actions qui dégénèrent parfois en violences.

Le ministère de la Santé a qualifié "d'extrêmement critique" l'état de M. Bakhti, qui est en "réanimation intensive", selon l'agence officielle TAP.

Son cas est particulièrement sensible, car il est considéré comme une figure de la mouvance jihadiste et comme un proche d'Abou Iyadh, l'organisateur présumé de l'attaque contre l'ambassade américaine, qui échappe toujours à la police.

Condamné en 2007 à 12 ans de prison après des affrontements sanglants entre l'armée et des islamistes à Soliman, près de Tunis, sous le régime du président Zine El Abidine Ben Ali, Mohamed Bakhti a bénéficié de l'amnistie décrétée après la révolution de 2011.

Abou Iyadh, libéré lui aussi à la faveur de cette amnistie, est pour sa part considéré comme l'un des dirigeants du groupe de Tunisiens proche des talibans afghans accusé d'avoir organisé l'attentat ayant tué le commandant Massoud le 9 septembre 2001.

Le 14 septembre, des centaines de militants tunisiens avaient attaqué la représentation diplomatique américaine à Tunis, qui a été partiellement incendiée, pour protester contre la diffusion sur internet d'un film islamophobe produit aux Etats-Unis.

Quatre des assaillants avaient été tués dans les affrontements, tandis que plus d'une centaine de personnes ont été arrêtées dans le cadre de l'enquête, ce que la mouvance salafiste jihadiste a dénoncé comme une répression injustifiée à son encontre.

alf/fc