NOUVELLES
16/11/2012 09:58 EST | Actualisé 16/01/2013 05:12 EST

L'attribution des JO n'est pas un "concours de beauté technique" (experts)

Paris, Chicago ou Stockholm ont échoué à décrocher les jeux Olympiques malgré leur statut de favorites pour avoir oublié que le choix de la ville hôte ne se résumait pas à un simple "concours de beauté technique", selon des spécialistes de grands événements sportifs.

Directeur marketing du Comité international olympique (CIO) pendant plus de vingt ans, Michael Payne, aujourd'hui influent consultant dans le milieu sportif, a vu passer des dizaines et des dizaines de candidatures, certaines tenant plus de la fiction et beaucoup croyant que la carte des meilleurs restaurants de la ville suffisait à répondre aux interrogations techniques.

Si pour les Jeux d'été de 1984, le CIO s'était retrouvé à un moment sans aucune candidate, la course olympique "a changé drastiquement" en trente ans pour devenir un exercice beaucoup plus technique, beaucoup plus coûteux, avec un impact politique et médiatique beaucoup plus important, a expliqué ce conseiller lors du forum "City Events" à Lausanne, réunissant organisations sportives et administrations publiques.

Cependant, l'erreur est de penser que "celui qui a le meilleur dossier technique va automatiquement gagner", note Michael Payne.

"Pour les organisations sportives, ce n'est pas nécessairement un concours de beauté technique. Certes, ils veulent s'assurer que la ville candidate puisse remplir les standards minimum mais ensuite une foule d'autres facteurs rentrent en compte", ajoute-t-il.

"Lors de la dernière campagne pour les Jeux d'été de 2016, tout le monde était si focalisé sur les aspects techniques, qu'une seule ville, Rio, est parvenue à répondre à la question: Pourquoi vous voulez les Jeux ?", a-t-il souligné. Alors que Chicago avait comme atout le président Barack Obama, le Brésil a su mettre en avant qu'il était prêt à offrir à l'Amérique du Sud ses premiers JO, après tant d'éditions en Amérique du Nord et en Europe.

De même pour les Jeux de 2012, où la France s'est fait griller la politesse de justesse par Londres. "J'avais bien dit à Londres: +vous ne pourrez jamais gagner contre Paris si c'est un examen technique. Vous devez présenter une vision+ et ils ont eu l'idée de mettre en avant la jeunesse", a raconté Michael Payne.

La capitale britannique a su confier le premier rôle à une grande personnalité sportive, le double champion olympique Sebastian Coe. "Dans sa précédente candidature, Londres n'avait pas compris certains rouages. Ils avaient un excellent manageur, mais il était Américain et non Britannique. Tant qu'elle n'avait pas changé cela, Londres n'allait nulle part", a pointé le consultant.

Convaincue d'obtenir les J0 du centenaire en 2004, tant elle avait multiplié les investissements dans les structures et bien ficelé son dossier, Stockholm a cherché à comprendre comment elle avait pu se faire dépasser par Athènes à quelques centimètres de la ligne d'arrivée.

"Nous avions négligé deux choses: l'opinion publique et la couverture médiatique négative", a avancé Annika Malhotra, responsable des grands événements à la ville de Stockholm. Alors que l'économie traversait une crise, les Suédois pensaient que leur pays avait plus de chance d'obtenir les Jeux d'hiver et les critiques ont fusé dans la presse, selon elle.

Un bon dossier technique, un solide leadership, des garanties financières, le soutien du pays, mais pour Michael Payne, "il faut avoir aussi un peu de chance car cela reste une compétition". Comme Londres, qui s'était probablement assuré les votes scandinaves avec les bons mots du président français Jacques Chirac. Quelques jours avant le vote crucial du CIO à Singapour en 2005, lors d'un sommet du G8, ce dernier avait cité la Finlande et la Grande-Bretagne comme ayant les pires cuisines.

stp/gf/jr