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16/11/2012 06:36 EST | Actualisé 16/01/2013 05:12 EST

La justice tunisienne nie toute négligence dans la mort d'un détenu

Le ministère tunisien de la Justice a indiqué vendredi avoir tout fait pour sauver un suspect dans l'attaque des islamistes contre l'ambassade américaine à Tunis qui est mort en détention à l'issue d'une grève de la faim, alors qu'un deuxième détenu est dans un état critique.

"On a essayé par quatre fois (de sauver) ces deux inculpés. Nous n'avons pas réussi à les convaincre d'arrêter leur grève de la faim", a déclaré Adel Riahi, porte-parole du ministère de la Justice.

Bechir Gholli, 23 ans, est mort après 57 jours sans s'alimenter et Mohamed Bakhti, 28 ans, est hospitalisé dans un état critique, selon leur avocat Abdelbasset Ben Mbarek.

Selon le ministère de la Justice, les deux hommes ont été hospitalisés à quatre reprises et nourris par perfusion avant d'être de nouveau placés dans leur cellule.

"On ne peut pas contraindre par la force les gens de s'alimenter", a pour sa part jugé le ministre des Droits de l'Homme, Samir Dilou, à l'antenne de Mosaïque-FM.

Me Mbarek a par ailleurs indiqué à l'AFP que M. Bakhti, une figure de la mouvance jihadiste, était dans un état désespéré, estimant même possible qu'il soit déjà décédé mais que les autorités le cachaient pour des raisons "sécuritaires".

"Peut-être que les autorités retardent l'annonce de la mort pour des raisons sécuritaires ou politiques", a-t-il dit, alors que le vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire, est une journée que les islamistes radicaux ont privilégié par le passé pour organiser des actions de protestation qui parfois dégénèrent en violences.

L'avocat a aussi jugé à l'antenne de Mosaïque-FM que les chances étaient nulles pour le sauver : "Il va mourir", a-t-il dit.

Le cas de Mohamed Bakhti est particulièrement sensible, ce dernier étant considéré comme une figure de la mouvance salafiste jihadiste et comme proche d'Abou Iyadh, l'organisateur présumé de l'attaque contre l'ambassade des Etats-Unis le 14 septembre, et qui échappe toujours à la police.

M. Bakhti avait été condamné en 2007 à douze ans de prison après des affrontements sanglants entre l'armée et des islamistes à Soliman, près de Tunis, à l'époque du président Zine El Abidine Ben Ali. Il a bénéficié de l'amnistie décrétée après la révolution de 2011.

Abou Iyadh, libéré lui aussi à la faveur de cette amnistie, est pour sa part considéré comme l'un des dirigeants du groupe de Tunisiens proche des talibans afghans accusé d'avoir organisé l'attentat ayant tué le commandant Massoud le 9 septembre 2001.

Les deux grévistes de la faim avaient été placés en détention provisoire fin septembre dans le cadre de l'enquête sur l'assaut contre l'ambassade américaine orchestré, selon les autorités, par les salafistes jihadistes.

Des centaines de militants tunisiens avaient attaqué la représentation diplomatique américaine le 14 septembre, l'incendiant partiellement, pour protester contre la diffusion sur internet d'un film islamophobe produit aux Etats-Unis.

Plus d'une centaine de personnes ont été arrêtées dans le cadre de l'enquête, et la mouvance salafiste jihadiste a dénoncé une répression injustifiée à son encontre.

alf/sw