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16/11/2012 12:53 EST | Actualisé 16/01/2013 05:12 EST

Israël et le Hamas s'opposent aussi sur les réseaux sociaux

JÉRUSALEM - Le conflit entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, où l'offensive israélienne «Pilier de défense» est entrée vendredi dans son troisième jour, se déroule aussi sur un autre terrain: les réseaux sociaux, en particulier Twitter.

Les forces de défense israéliennes et les militants du Hamas s'affrontent à coups de micromessages virulents, version moderne de la guerre psychologique destinée à tenter d'influencer l'opinion. Mercredi soir, peu après avoir lancé l'offensive en tuant le chef de la branche armée du Hamas Ahmed Jabari au cours d'un raid aérien, l'armée israélienne a annoncé sur ses comptes officiels Twitter anglophone, francophone et hispanophone une «opération de grande envergure contre des sites et responsables terroristes dans la bande de Gaza». L'armée a ensuite diffusé sur YouTube une vidéo de dix secondes du raid contre Ahmed Jabari, prise d'avion. Google, propriétaire de YouTube, a dans un premier temps supprimé jeudi matin cette vidéo, avant de la remettre en ligne.

Les Brigades AlQassam ont répliqué sur leur compte en anglais, considéré comme la page officielle de la branche armée du Hamas: «Vous avez vous-mêmes ouvert les portes de l'enfe». Peu après la mort d'Ahmed Jabari, l'armée israélienne a diffusé une photo du chef des Brigades Ezzedine Al-Qassam, avec la mention «ÉLIMINÉ», ce qui a suscité de très nombreuses réactions, de joie tout comme d'indignation. L'armée israélienne et ses partisans microbloguent sous le mot-clic «#IsraelUnderFire» («Israël sous les tirs»), tandis que de nombreux Palestiniens utilisent un mot-clic différent, «#GazaUnderAttack», («Gaza attaqué»).

Depuis l'opération israélienne «Plomb durci» à Gaza entre fin 2008 et début 2009, Internet est devenu «une zone de guerre supplémentaire», estime le lieutenant-colonel Avital Leibovich. La porte-parole de Tsahal dit apprécier particulièrement Twitter, «formidable outil» pour diffuser directement et rapidement des informations. Elle est aussi directrice du département «Médias interactifs» des FDI, créé il y a seulement deux mois et comptant une trentaine de militaires, spécialistes de l'écriture et de la mise en page sur le Web et les réseaux sociaux. Avital Leibovich va d'ailleurs quitter en février prochain ses fonctions de porte-parole pour se consacrer uniquement à ce département, signe de son importance pour l'armée.

De fait, «on ne gagne plus des conflits comme celui-ci (uniquement) sur le terrain». On le gagne aussi «par l'intermédiaire de l'opinion publique», relève Tamir Sheafer, responsable du programme de communication politique à l'Université Hébraïque.

Loin des slogans d'autrefois sur les murs de Gaza, le Hamas au pouvoir dans le territoire palestinien a lui aussi suivi le mouvement, avec des comptes fréquemment actualisés sur Twitter, YouTube, Facebook et un site Internet en plusieurs langues. Des SMS sont par ailleurs envoyés aux journalistes pour les informer au fur et à mesure des tirs de roquettes. Selon Nader Elkhuzundar, un Gazaoui de 25 ans, le déferlement d'informations et rumeurs sur les réseaux sociaux a atteint «un nouveau degré de guerre psychologique». Pour cet utilisateur prolifique, «Twitter nous donne une voix, mais il y a en même temps beaucoup de désinformation. C'est un outil qu'il faut utiliser avec précaution, parce que là-dessus, il y a beaucoup de bruit», explique-t-il.

Natan Sachs, du cercle de réflexion indépendant Brookings Institution, à Washington, met lui aussi en garde contre un excès de «buzz». Les comptes Twitter «peuvent être utilisés sans précautions, et il y a un danger d'exagérer les choses», note-t-il. Et en définitive, c'est la politique suivie qui importe, et non les micromessages, souligne M. Sachs.