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16/11/2012 04:12 EST | Actualisé 15/01/2013 05:12 EST

Barrage et routes coupées, le casse-tête des taxis à Damas

La multiplication des barrages et la fermeture de la moitié des rues à Damas, secouée par une série d'attentats sanglants ces derniers mois, sont un véritable casse-tête pour les chauffeurs de taxi de la capitale syrienne.

"Qu'est-ce qu'un bon chauffeur de taxi dans n'importe quel pays du monde? Quelqu'un qui connaît les raccourcis, les ruelles, les sens uniques qui lui permettront de conduire son client à bon port en un minimum de temps", explique Abou Mohammed, 60 ans, qui conduit sa voiture jaune depuis 1980.

"Or aujourd'hui mon expérience n'est d'aucune utilité car il y a chaque jour de nouveaux barrages et plus de la moitié des rues, notamment les plus petites, sont fermées à la circulation, résultat la pression est plus grande sur les principales artères", déplore-t-il.

Avec ses 1,7 million d'habitants, Damas compte environ 30.000 taxis auxquels sont venus s'ajouter quelques milliers d'autres de Homs (centre), d'Alep (nord) ou de Deir Ezzor (est), conduits par des chauffeurs ayant fui les violences dans leur ville et qui doivent subvenir aux besoins de leur famille.

"Un trajet que j'effectuais en dix minutes prend désormais au minimum une demi-heure et dans les embouteillages, je consomme plus d'essence. Avant le saucissonnage de la ville, je gagnais chaque mois 25.000 livres syriennes (340 dollars) contre 14.000 aujourd'hui", peste Abou Nidal, un autre vétéran de la conduite.

"Et je ne peux pas me plaindre car je sais que ces mesures ont été prises pour assurer la sécurité des habitants", poursuit l'homme qui, comme les autres, préfère donner un pseudonyme pour ne pas avoir d'ennui dans cette période troublée.

Une dizaine d'attentats ont frappé la capitale depuis celui de décembre 2011 qui avait fait 44 morts et 166 blessés. La majorité ont été commis à l'aide de voitures piégées et revendiqués par les islamistes radicaux du Front al-Nosra.

Toutes les rues menant à des ministères, à des entreprises publiques, à des sièges de la Sécurité et même à certains hôtels, sont obstruées par des murets en béton et une partie de la célèbre place Sabaa Bahrat est fermée à la circulation par des camions-citerne pour éviter un attentat suicide contre la Banque centrale.

A cela, il faut ajouter la multiplication des barrages tenus par les services de sécurité ou par des "comités populaires" formés d'habitants des quartiers loyaux au régime. Ces hommes armés fouillent les voitures et vérifient l'identité des passagers.

"Notre problème, c'est que nous sommes souvent suspects tant aux yeux du régime que des rebelles", confie Abou Lilas, 30 ans, qui a embrassé la profession il y a six ans.

Il explique que les insurgés accusent les chauffeurs de taxis de travailler avec le régime car il y a six mois, des agents de sécurité sont entrés à bord de taxis dans Daraya, une banlieue rebelle au sud de Damas, pour y attaquer des insurgés.

"L'autre bord nous suspecte car il prétend que beaucoup de taxis ont été volés pour fabriquer des voitures piégées", ajoute-t-il.

Autre inconvénient, quasiment aucun chauffeur de taxi ne veut risquer sa vie dans les quartiers chauds ou en banlieue à cause des violents combats qui opposent depuis des mois l'armée aux rebelles.

"Je ne m'aventure pas hors du centre car un obus peut détruire ma voiture, des voleurs peuvent me la prendre ou je peux être battu ou même abattu par un des adversaires", signale Abou Hassan.

En outre, lui qui travaillait onze heure par jour s'arrête désormais à 19H00. "Après, chacun se terre chez lui. Alors marauder pour ne trouver personne ne sert à rien", reconnaît-il.

"Les heures de travail se sont réduites, nous n'avons plus de longues courses, notamment en banlieue, d'interminables embouteillages, et le taximètre n'a pas été assez revu à la hausse", maugrée Abou Ammar.

"Tout cela fait que je rentre souvent chez moi sans avoir gagné ma journée".

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