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15/11/2012 01:18 EST | Actualisé 15/01/2013 05:12 EST

Steven Spielberg et Daniel Day-Lewis s'associent pour le monumental «Lincoln»

LOS ANGELES, États-Unis - Capturer l'essence même d'Abraham Lincoln pour en faire un seul long métrage a pris au réalisateur Steven Spielberg environ trois fois plus de temps qu'il en a fallu au 16e président des États-Unis pour gagner la Guerre civile, abolir l'esclavage et aligner le pays sur la voie de la reprise.

La création d'une telle fresque historique ne se compare peut-être pas à une tâche aussi colossale que celle de sauver une nation divisée par la guerre. Mais pour Hollywood, on ne trouve pas plus monumental que «Lincoln», même pour deux géants déjà récompensés de plusieurs Oscars comme Steven Spielberg et l'homme qu'il a choisi pour incarner le président, l'acteur Daniel Day-Lewis.

Natif du Royaume-Uni, Daniel Day-Lewis a dû préparer son rôle non seulement du point de vue du vertigineux personnage historique, mais aussi de celui de l'homme d'État étranger dont l'interprétation risquerait de toucher certaines cordes sensibles chez le public américain, qui vénère l'ex-président.

«En raison de l'iconographie qui entoure sa vie et dans la mesure où il est une figure mythique (...), il est très difficile d'imaginer que quelqu'un puisse un jour s'en approcher d'assez près», a expliqué l'acteur lors d'un récent entretien en compagnie de Steven Spielberg.

«J'étais très timide quant à l'idée de m'attaquer à ce rôle. En plus, j'aime travailler ici. J'ai été énormément privilégié de pouvoir travailler dans ce pays au fil des années. L'idée de désacraliser la mémoire du président le plus adulé que ce pays ait connu était quelque chose d'effrayant pour moi», a poursuivi l'acteur, déjà couronné d'Oscars du meilleur acteur pour ses rôles dans «My Left Foot» et «There Will Be Blood» («Il y aura du sang» en version française).

Steven Spielberg étudiait depuis longtemps la possibilité de réaliser un film sur Abraham Lincoln. Il ne voulait pas raconter l'histoire de toute sa vie, de son expérience de forgeron pendant l'adolescence jusqu'à son assassinat, après la fin de la guerre.

Il n'était pas plus intéressé à faire un film sur la Guerre civile où se succéderaient les scènes de grandes batailles, ou à raconter la guerre à travers le regard d'un seul homme. Steven Spielberg avait déjà tourné des histoires de ce genre, avec la Deuxième Guerre mondiale en toile de fond, pour ses films «Schindler's List» («La Liste de Schindler») — qui lui a valu les Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur — et «Saving Private Ryan» («Il faut sauver le soldat Ryan»), pour lequel il a remporté son deuxième Oscar de meilleur réalisateur.

Son approche a commencé à se cristalliser en 1999, lorsqu'il a rencontré l'historienne Doris Kearns Goodwin, qui en était aux premières étapes de la rédaction de son livre «Team of Rivals: The Political Genius of Abraham Lincoln», un récit détaillé des alliances improbables initiées par Lincoln avec ses opposants politiques qui le considéraient d'abord comme un novice non qualifié pour le poste qu'il occupait.

Son livre retrace la carrière d'Abraham Lincoln et de ses trois principaux adversaires dans la course de 1860 pour la nomination présidentielle républicaine et ses années subséquentes à la Maison-Blanche pendant la guerre jusqu'à son assassinat, cinq ans plus tard. La capacité d'Abraham Lincoln à transformer ses rivaux aigris en alliés a semblé être, aux yeux du réalisateur, la façon idéale de représenter l'esprit du président.

Le réalisateur a obtenu les droits d'adaptation du livre de Mme Goodwin alors que seulement quelques chapitres n'étaient écrits. Pendant que l'auteure se concentrait sur l'écriture d'un livre qui ferait éventuellement 950 pages, Steven Spielberg a dû condenser son scénario pour qu'il tienne à l'écran pendant deux heures et demie.

Une première version du scénario, écrite par le dramaturge Tony Kusher, faisait 550 pages.

«C'était une minisérie, pas un film», s'est souvenu Steven Spielberg. «C'était un récit brilliant, mais certainement pas pour un seul long métrage (...) Mais de toutes ces pages, ce qui ressortait de façon vraiment apparente, selon moi, était ce qui est pratiquement devenu le centre névralgique de toute son existence en tant que président, soit l'abolition de l'esclavage par l'entremise d'un amendement constitutionnel, le 13e amendement.»

«Et pour moi c'est devenu le coeur de tous nos efforts, l'idée de raconter cette histoire. Voir Lincoln au travail, les manches retroussées, avec toutes les machinations douteuses entourant la préparation d'un projet de loi alors que la chambre est divisée — ce qui n'est pas sans rappeler le contexte actuel.»

Le film «Lincoln» se trouve ainsi plus fortement inspiré des derniers chapitres du livre de Mme Goodwin et se déroule pendant la période de janvier à avril 1865, alors qu'Abraham Lincoln tente de forger des alliances pour s'attaquer à la tâche apparemment impossible de faire adopter un amendement tout en négociant la paix — sans laisser l'un mettre l'autre en péril.

«Lincoln» met en vedette Sally Field dans le rôle de l'épouse du président, Mary Todd Lincoln; Joseph Gordon-Levitt dans celui de leur fils aîné; David Strathairn dans la peau du secrétaire d'État William Seward; et Tommy Lee Jones en tant que Thaddeus Stevens, un homme politique coloré et fervent abolitionniste.

Le film prendra l'affiche dans les cinémas nord-américain le vendredi 16 novembre.