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15/11/2012 07:12 EST | Actualisé 15/01/2013 05:12 EST

Au Bangladesh, les «Info Ladies» connectent les villages isolés à Internet

JHARABARSHA, Bangladesh - Il y a quelques années encore, Amina Begum n'avait jamais vu d'ordinateur. Aujourd'hui, cette villageoise du Bangladesh discute régulièrement sur le Web avec son mari expatrié. Une opération rendue possible par le projet «Info Ladies» créé en 2008 par D.Net, une entreprise sociale bangladaise, en coopération avec d'autres organismes.

Près de 60 «Info Ladies» pédalent jusqu'aux villages reculés de 19 des 64 districts que compte le Bangladesh pour apporter une connexion Internet à des dizaines de milliers de personnes, surtout des femmes. Elles les aident à accéder aux services publics en ligne ou à communiquer avec leurs proches. Une possibilité précieuse dans un pays où seulement 5 des 152 millions d'habitants ont accès à Internet.

Recrutées par D.Net, les «Info Ladies» sont formées pendant trois mois à l'utilisation d'un ordinateur, d'Internet, d'une imprimante et d'un appareil photo. L'entreprise les aide ensuite à contracter un prêt pour acheter un vélo et de l'équipement. «De cette façon, nous fournissons un travail à des femmes sans emploi et, en même temps, nous donnons accès à des informations primordiales aux villageois», explique Ananya Raihan, directeur général de D.Net.

L'opération n'est pas purement caritative. Pour parler à son mari qui travaille en Arabie saoudite, Amina Begum débourse 200 takas (2,40 $ CAN) pour une heure de connexion. Sathi Akhtar, une autre «Info Lady», dispose quant à elle de 10 000 takas (120 $ CAN) une fois son prêt de 120 000 takas (11441 $ CAN) remboursé. C'est plus qu'elle ne gagnerait en étant maîtresse d'école, dit-elle.

Amina Begum sourit timidement lorsque le visage de son mari apparaît sur l'écran. Elle lui raconte qu'elle a reçu l'argent qu'il lui a envoyé. Il lui répond d'acheter des terres. La belle-mère d'Amina s'est elle aussi mise à la vidéotéléphonie sur Internet pour parler avec son fils, de leur petite ferme du district de Gaibandha, à 192 kilomètres au nord de la capitale, Dacca.

Dans le village voisin de Saghata, Tamanna Islam Dipa, 16 ans, profite de la venue de l'«Info Lady» pour se connecter au monde. «Je n'ai pas d'ordinateur, mais lorsque l'Info Lady vient, j'utilise son ordinateur portable pour discuter avec mes amis sur Facebook», raconte-t-elle. «Nous échangeons sur les notes que nous avons prises à l'école, et parfois nous évoquons des problèmes de société comme les effets néfastes du mariage des enfants, la dot et les violences sexuelles contre les filles.»

Les «Info Ladies» apportent une connexion à Internet, mais aussi une série de services, payants ou gratuits. Elles parlent de sujets tabous avec les jeunes filles, comme la contraception et le sida, aident les villageois à écrire des lettres de plainte aux autorités et sensibilisent les fermiers au bon usage des fertilisants et des insecticides. Pour 10 takas (0,12 $ CAN), elles aident les étudiants à remplir leurs dossiers d'inscription à l'université sur Internet.

«Les "Info Ladies" sont à la fois des entrepreneures et des fournisseuses de services publics», résume le directeur général de D.Net, Ananya Raihan.

Son entreprise s'est inspirée du projet de Muhammad Yunus, un économiste bangladais qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2006 pour sa promotion du micro-crédit pour les pauvres. M. Yunus a introduit l'usage du téléphone portable dans les campagnes du Bangladesh en 2004 en envoyant des cohortes de «Mobile Ladies» auprès des villageoises qui n'avaient pas accès au téléphone. Aujourd'hui, plus de 92 millions de personnes ont accès à la téléphonie mobile au Bangladesh. Ananya Raihan voit tout aussi loin: d'ici 2016, il espère avoir formé 15 000 «Info Ladies».