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15/11/2012 05:40 EST | Actualisé 15/01/2013 05:12 EST

Affaire Petraeus-Allen: un simple courriel a ouvert la boîte de Pandore

WASHINGTON - Tout a commencé en mai, avec un courriel mettant en garde le général John Allen contre son amie Jill Kelley. Quelques mois plus tard, le commandant des forces américaines et de l'OTAN en Afghanistan fait l'objet d'une enquête du Pentagone, tandis que le directeur de la CIA, le général David Petraeus, a démissionné pour cause d'adultère.

John Allen n'a pas pris au sérieux le courriel anonyme affirmant que Jill Kelley, qu'il devait voir à Washington la semaine suivante, serait une source de problèmes et qu'il serait mieux avisé de garder ses distances. Le général âgé de 58 ans a pensé à une plaisanterie, ne voyant pas comment quiconque serait au courant de son intention de voir son amie, spécialisée dans l'organisation d'événements mondains à Tampa, en Floride, selon un proche de l'intéressé.

Ayant elle aussi reçu des courriels menaçants de «Kelleypatrol» l'enjoignant de rester loin du général David Petraeus, Jill Kelley a contacté un ami au FBI, l'agent spécial Frederick Humphries, qui a alerté ses collègues de la cybercriminalité, estimant qu'il pouvait exister un risque pour la sécurité nationale si quelqu'un surveillait des militaires.

Le FBI est remonté jusqu'à Paula Broadwell, biographe de David Petraeus. La police fédérale américaine découvre alors qu'elle est la maîtresse du patron de la CIA. Leur liaison aurait commencé en novembre 2011, soit deux mois après l'arrivée du général à la retraite à la tête de la CIA, et se serait terminée en juillet, selon un proche du militaire, le colonel à la retraite Steve Boylan.

L'enquête a aussi révélé l'existence d'un échange de milliers de courriels entre Jill Kelley et le général Allen. Ce dernier fait l'objet d'une enquête du Pentagone pour «communications déplacées» et a vu sa nomination à la tête de l'OTAN en Europe gelée, même s'il reste en poste en Afghanistan, où il avait succédé au général Petraeus.

Le scandale a éclaté vendredi, avec la démission du patron de la CIA, trois jours après la réélection du président Barack Obama.

David Petraeus a déclaré sur CNN ne jamais avoir transmis d'informations confidentielles à Paula Broadwell, elle-même réserviste et spécialiste du contre-terrorisme. Il a aussi affirmé que sa démission n'avait rien à voir avec son audition prévue devant le Congrès au sujet de l'attaque du consulat de Benghazi, en Libye, dans laquelle quatre Américains, dont l'ambassadeur Chris Stevens, ont été tués le 11 septembre.

Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a déclaré jeudi qu'à sa connaissance, aucun autre haut gradé n'était impliqué dans l'affaire. Il n'a pas exclu que les talibans afghans exploitent l'infidélité du général Petraeus pour leur propagande et a demandé aux chefs d'état-major de se pencher sur la sensibilisation à l'éthique et les moyens d'empêcher les militaires d'avoir des problèmes de ce genre.

Quant à Barack Obama, il est resté prudent mercredi, affirmant que rien ne montrait que les révélations sur les deux généraux aient porté atteinte à la sécurité nationale.

Mais le Congrès n'est pas convaincu et continue de poser la question, ainsi que celle de savoir pourquoi il n'a pas été informé plus tôt de la situation.

L'agent Frederick Humphries, jugé par sa hiérarchie trop proche de Jill Kelley, qu'il avait rencontrée en 2011 et à qui il avait envoyé des photos de lui torse nu, a été tenu à l'écart de l'enquête. Mais il a pris l'initiative d'informer un représentant républicain, qui a fait transmettre l'information au chef de la majorité à la Chambre des représentants, Eric Cantor. Le FBI a déclaré à ce dernier que la sécurité nationale n'avait pas été menacée.

Le FBI a par ailleurs découvert un grand nombre de documents sensibles dans l'ordinateur de Paula Broadwell et chez elle, selon un responsable du FBI ayant requis l'anonymat. La possession non autorisée de documents classés secrets est un crime et l'armée a suspendu l'autorisation d'accès de Paula Broadwell aux bâtiments de sécurité.

Le directeur du FBI, Robert Mueller, et son directeur adjoint, Sean Joyce, ont présenté l'enquête à des membres du Congrès à huis clos mercredi. Le directeur par intérim de la CIA, Michael Morell, s'est expliqué devant la commission du renseignement de la Chambre des représentants. Les audiences se sont poursuivies jeudi.

Quant à Jill Kelley, elle a été privée de son accès à la base militaire de MacDill, près de Tampa. De nombreux officiers de cette base participaient aux soirées qu'elle organisait.