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15/11/2012 04:41 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

A Minbej la Syrienne, porter la contradiction est encouragé

Les enfants vont à l'école, les mères de famille font leurs courses, et les artistes et journalistes travaillent en toute quiétude, sans peur de la censure. Dans le nord-ouest du pays, Minbej offre le paisible exemple de ce que pourrait être la Syrie de l'après-Assad.

Car à la différence d'autres villes de ce coin septentrional de la Syrie, Minbej n'a pas à se soucier du conflit qui met aux prises les troupes du président syrien aux forces rebelles et qui a fait plus de 37.000 morts selon une ONG.

Les habitants assurent que les soldats du régime ont plié bagages sans demander leur reste en juillet, évitant du même coup à Minbej de devenir le théâtre d'âpres combats, comme ceux qui secouent Alep. De plus, les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) ne maintiennent qu'une présence résiduelle dans la ville.

Ici, les affres de la guerre sont loin. Des responsables citoyens ont créé des journaux indépendants, organisé de grands nettoyages de rues... et commandé des caricatures aux artistes du cru. Le tout dans l'espoir d'insuffler un soupçon d'esprit communautaire.

Ces militants citoyens ont abandonné leur travail ou les études qu'ils poursuivaient à Alep et Damas. Ils sont éduqués, n'ont aucune envie d'aller se battre et pense pouvoir encourager la démocratie à travers l'art de rue et des journaux.

"Notre but est d'aider notre pays dans ce moment critique (et) guider la jeunesse vers l'avenir, à l'heure où le gouvernement est absent", explique Faïz Abou Qoutaiba, l'inextinguible directeur de l'"Agence pour la jeunesse de l'avenir".

"Les gens se sont mis au travail, ils nettoient la chaussée sur le pas de leur magasin. Nous donnons le choix de ce qu'ils veulent faire à tous ceux qui veulent nous rejoindre", poursuit-il.

Sur les murs de Minbej, des caricatures interpellent le passant et produisent surtout un drôle d'effet dans ce pays où un conflit fait rage.

Une peinture dénonce les profiteurs, une autre encourage les automobilistes à ne pas abuser du klaxon.

Une troisième caricature représente un responsable gouvernemental obèse, les yeux bandés, attaché à une chaise. "C'est la chaise qui est coupable, pas moi", clame le personnage, comme pour mieux dénigrer la corruption et les faiblesses du régime de Bachar al-Assad.

Après des études de traduction, Ahmed, 24 ans, a été danseur à Damas. Aujourd'hui, c'est l'un des artistes impliqués dans le projet.

"Pendant 40 ans, le régime (Assad) a essayé de nous opprimer. On ne pouvait pas faire ce qu'on voulait, on ne pouvait qu'étudier. Il n'y a pas de travail, il n'y a pas d'entreprises, l'économie est exsangue. Mais maintenant, nous donnons notre avis sur tout", raconte le jeune homme.

"On a commencé par peindre les murs. Ensuite avec mes amis, on a eu l'idée de fonder un journal, mais ça ne s'est pas fait en un jour", ajoute-t-il.

"La voie de la liberté" compte désormais sept numéros. Et entre le régime et les rebelles, l'hebdomadaire a choisi la voie du milieu.

Dans l'édition du 22 octobre, "La voie de la liberté" parle d'un écrivain syrien, d'un acteur qui a abandonné ses études aux Etats-Unis pour se battre contre le régime mais a ensuite été arrêté à Damas. Une nécrologie revient sur la vie d'un combattant local et un éditorial se plaint de ce que les factions rebelles rivales passent plus de temps à frimer qu'à viser les avions de chasse qui continuent de temps à autre à larguer des bombes sur Minbej.

Bassel, son rédacteur en chef, dit avoir rêvé pendant longtemps de créer un journal indépendant, chose impossible à l'époque où le régime contrôlait la ville.

"Auparavant, le journalisme était l'apanage de certaines communautés religieuses, d'une certaine bourgeoisie, de certains intellectuels. Mais nous avons surmonté cela et nous nous rapprochons d'un idéal démocratique", lance-t-il.

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