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14/11/2012 05:49 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

La propagation du conflit syrien au Golan rappelle une occupation oubliée

Depuis des décennies, un calme quasi ininterrompu régnait sur la partie du Golan syrien occupée par Israël mais la révolte contre le régime de Damas déborde de plus en plus sur cette zone stratégique.

A l'exception de violences les 15 mai et 5 juin 2011, quand l'armée israélienne avait tiré sur des réfugiés palestiniens qui tentaient de franchir la ligne de cessez-le-feu à l'occasion des anniversaires de la création d'Israël et de la Guerre des Six-jours, faisant une trentaine de morts selon l'ONU, ce front était virtuellement éteint.

Israël occupe depuis 1967 quelque 1.200 km2 du plateau, qu'il a annexés, une décision que n'a jamais reconnue la communauté internationale, environ 510 km2 restant sous contrôle syrien.

Lundi et mardi, les troupes israéliennes ont ouvert le feu au-delà de la ligne de désengagement de 1974, en riposte à des tirs syriens apparemment accidentels, pour la première fois sur le Golan depuis la fin de la guerre de 1973.

"Tout cela reste encore limité", déclare à l'AFP Itamar Rabinovitch, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, qui a représenté Israël lors de pourparlers de paix avec la Syrie.

"Mais la possibilité existe que cela se transforme en un souci majeur", prévient-il.

"La volonté du gouvernement israélien est clairement d'étouffer dans l'oeuf (tout débordement NDLR), et de réagir fermement afin d'envoyer un message clair que cela ne sera pas toléré", estime-t-il.

Michael Eppel, spécialiste du Moyen-Orient à l'université de Haïfa (nord), estime également que les violences restent limitées, d'autant que "l'armée syrienne n'est pas en mesure de mener des opérations d'envergure, car elle est tellement occupée par ailleurs".

"Mais le désordre et l'anarchie si proches de la frontière, cela pose problème à Israël", remarque-t-il.

L'armée israélienne estime que les tirs syriens sont accidentels, intervenant "dans le cadre du conflit interne" entre le régime et la rébellion.

Mais selon M. Rabinovitch, ils pourraient également être le résultat de l'"initiative locale" de chefs militaires sur le terrain.

Quelles que soient les motivations, les dirigeants israéliens privilégient l'apaisement.

"La frontière est calme depuis la Guerre du Kippour (1973) et nous souhaitons que cela continue ainsi", a souligné le président Shimon Peres mardi.

Si ces incidents se multiplient, affirme M. Rabinovitch, Israël "se retrouvera sur la corde raide".

Les dirigeants israéliens devront "les contenir tout en évitant que cela devienne trop grave", confirme M. Eppel.

"Ils doivent dissuader, sans en faire une crise supplémentaire qui ne serait pas dans l'intérêt d'Israël", ajoute-t-il.

Cette région verdoyante, où se sont installés quelque 20.000 colons israéliens, qui vivent notamment de l'agriculture, aux côtés des 18.000 Druzes qui y sont restés, sur une population initiale de 150.000 Syriens, contient une importante station de surveillance israélienne et les principales sources du Jourdain et du lac de Tibériade, qui fournissent à Israël 30% de son eau.

Toutes les négociations de paix israélo-syriennes ont achoppé sur le Golan, dont Damas exige la restitution totale jusqu'aux rives du lac de Tibériade.

Le quotidien israélien Yediot Aharonot a rapporté en octobre, citant un compte rendu rédigé par le diplomate américain qui les a conduites, que des négociations en 2011 ont tourné court en raison du soulèvement en Syrie.

Selon les informations du journal, démenties par le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a qualifié cette initiative d'"ancienne et non pertinente", M. Netanyahu était prêt à "un retrait total du plateau du Golan et son retour sous souveraineté syrienne, en échange d'un accord de paix complet comportant l'échange d'ambassades".

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